Ca y est, l’équipe est au complet, Aurélien est arrivé hier en fin de matinée de Thaïlande !
Jour 1
Ce matin, debout à 5 heures du mat’ pour décoller à 6 heures, au lever du jour, et profiter de la fraicheur matinale. Bernard souhaite que l’on prenne ce rythme pour les deux-trois mois que l’on va passer ensemble, cela permet de faire de longues étapes en roulant surtout le matin. L’idée est bonne mais pour moi cela risque d’être difficile d’avancer correctement sans un bon déjeuner dans le ventre (qui a dit “quel glouton celui là” ? :p), à cette heure ci tout le monde dors, rien n’est ouvert. Je vais devoir me préparer une petite collation dans ma chambre.
Par chance, ce matin j’entends l’habituelle ritournelle du boulanger qui passe de bon matin distribuer du pain chaud à qui en veut. Pendant de nombreux jours il m’a réveillé avec ses grands “Maaaaaao Maïiiiii !” sans que je ne sache qui c’était (je pensais que c’était un rituel bouddhiste :p). Je me rue sur lui pour lui prendre 9 pains chauds ! ce sera mes petits déjeuners pendant la traversée, avec de la confiture ! Miam !

Un petit bout de pain avant de partir
C’est donc au lever du soleil que l’on attaque la traversée de la chaîne des Cardamones, probablement l’une des régions les plus sauvages du Cambodge, constituée de sommets relativement bas coincés dans une épaisse jungle, abritant entre autres, tigres et serpents. Grace au GPS de Bernard, on trouve la bonne piste rapidement. Il fait bon, tout roule sur ce large chemin de terre battue. Ca fait du bien de remonter sur le vélo aprés ces vacances à Koh Kong !

Levé du jour

quelques ponts à traverser
Quelques côtes plus ou moins raides nous surprennent, à froid. Les dérailleurs grincent, les jambes rechignent à la tâche si bien que nous poussons souvent les vélos assez souvent. Rapidement, la jungle apparait, tel un no man’s land. Nous croisons à peine 2-3 scooters pendant la journée, on est vraiment au calme, c’est bien agréable.

hop hop hop ! ça triche !

pause bien méritée
Aprés quelques heures de pédalage, nous traversons notre première rivière. Celle ci est toute petite, elle se prolonge quelques mètres plus loin pour former un lac au creux des rochers. C’est l’occasion de remplir les bouteilles d’eau (on a 9 litres chacun), et de se rincer le visage dégoulinant de sueur.

Ca filoche sur la piste !

large piste de la matinée
Les choses sérieuses commencent ici. Les montées se font de plus en plus raides et accidentées, la transpiration coule à flot, tout le corps est sollicité, tantôt pour pédaler, tantôt pour pousser. Alors que je suis en queue de peloton, un khmer jailli de la jungle, tout sourire, les bras remplis de canne à sucre. Nous nous arrêtons avec Aurélien alors que Bernard file en tête. Cet homme commence à nous débiter des bouts de canne à sucre, à les peler avec une grande dextérité pour nous les donner prêt à déguster. On croque dedans (attention aux dents, c’est trés dur !), on mâche pour en extraire un jus trés sucré, puis on recrache un paquet de fibres toutes sèches. Huuum, que c’est bon ! Tout heureux que ça nous plaise, notre ravitailleur repars à grandes enjambées dans la forêt pour nous en ramener encore plus, avec en bonus, un ananas ! On charge tout ça sur les vélos, et on repart en le remerciant chaleureusement. C’est la seule habitation que nous verrons pendant les deux jours et demi suivant.

Khmer en plein travail

moi, en plein travail aussi !
A midi, le soleil cogne fort. C’est l’heure de se poser, ronger un peu de canne à sucre et faire une p’tite sieste. Le khmer rencontré un peu avant nous rejoins en scooter pour batailler un peu. Quand on lui dit qu’on traverse les Cardamones jusqu’à Battambang, il éclate de rire et nous prends sans doute pour des barjos. A ce moment là, on ne se doute pas du tout de ce qui nous attends …
13h30, la chaleur étouffante s’est apaisée, nous pouvons repartir. Dès les premiers tours de roues, la piste se transforme en un véritable champ de guerre, complètement ravagé par les alternances successives de grandes chaleurs et d’humidité, amplifié par un fort ruissellement d’eau pendant la mousson. La route goudronnée de l’Indochine n’y a pas résistée, elle a complètement disparue. Les côtes continuent de s’accentuer, la jungle se resserre sur nous tel un python qui tente d’étouffer sa proie, nous sommes fait comme des rats ! Difficile de rester assis sur les vélos, nous poussons à travers un épais treillis de lianes et de bambous, aidés de la machette de Bernard pour se frayer un chemin. Durant les rares portions de pédalage, nous devons sans cesse faire attention aux pieux saillants qui sortent du sol, aux lianes et bambous vicieux en travers du chemin à hauteur de tête mais aussi aux feuille de bambous qui nous lacère allègrement les bras.

Parcours d'obstacles

traversée de rivière

La jungle se resserre ... un peu

... beaucoup !

obstacle franchi, on remballe !
Cette fin d’aprés midi est très physique, nous n’avançons pas … Nous nous posons le long de la piste juste avant la tombée de la nuit. En cette soirée de réveillon de Noël, nous dégustons un bon plat de riz avec un peu de maquereaux à la tomate, perdus dans la jungle, vidés par cette fin de journée mais joyeux et interrogatifs sur la suite de la traversée.
Jour 2
Réveil à 4h30 en ce 25 décembre 2008. Comment ne pas avoir une pensée pour ma famille qui vient de terminer un bon repas, bien au chaud à la maison alors que nous nous apprêtons à attaquer une rude journée. Un petit bout de pain à la confiture et 2-3 biscuits viennent me réconforter et me donner un peu d’énergie pour commencer la matinée … en poussant les vélos ! On avance à 2-3 km/h de moyenne, dans une jungle de plus en plus intense. Les montées sont tellement raides et glissantes qui nous nous y mettons souvent à deux pour monter les vélos. Il faut donc régulièrement faire 2 fois le trajet pour dégager le chemin à la machette et monter les 3 vélos. Les descentes ne sont guère meilleures, la piste est tellement défoncée que nous avancons à côté des vélos, debout sur les freins.

debout sur les freins !

La montée infernale !
Mes petits bras se plaignent rapidement de devoir pousser tout ce poids. Heureusement que Bernard et Aurélien viennent me filer un coup de main dans les montées, parfois je reste coincé sans pouvoir avancer. Durant toute la matinée, je passe par des phases où j’apprécie cette ambiance aventure au coeur de la jungle et ce défi physique qui nous apprends beaucoup sur nous même, où j’observe cette nature sauvage, à la fois dure mais étrangement rassurante, puis par des phases où je me demande quel intérêt il y a à autant lutter pour avancer, surtout en poussant les vélos …

Passez pont-pont les carillons ...

Allez y, poussez, poussez ... !
Aprés 5 heures de route et 12 km, nous atteignons une large rivière, la plus belle de toute les rivières aprés tant d’efforts ! C’est l’occasion de reprendre des forces, de manger l’ananas, boire un bon thé, se laver tout nu dans la rivière, bref, de récupérer ! Nous réfléchissons à la suite. Dois on faire demi tour ou continuer dans ces conditions ? Nous avons de quoi tenir plusieurs jours, même à ce rythme, ça serait dommage de rebrousser chemin alors que la bonne piste n’est peut être qu’à quelques mètres/kilomètres.

petite collation au bord de la rivière
Nous traversons la rivière bagage par bagage, puis nous poursuivons notre chemin de croix, toujours au même rythme. Une montée d’un bon kilomètre nous use physiquement, vivement qu’on puisse remonter sur nos vélos. La fatigue aidant, les chutes deviennent de plus en plus courante, surtout pour Bernard qui ouvre le chemin tel un cheval fougeux. Je l’entends de temps en temps s’étaler de tout son long dans les fougères. La délivrance arrive quelques kilomètres plus loin. Un petit sentier réapparait. Il serpente au milieu de hautes herbes qui ressemble à du blé. Serait on prêt d’un village ? Nous continuons jusqu’à la tombée de la nuit, ateignons une nouvelle rivière où un homme nettoie son scooter. Waouh ! Un village !

Ca grimpe un peu ici on dirait
On pose nos tentes à côté des maisons, on mange à l’abri, sous le toit d’un des habitant qui nous offre quelques bouts de viande. Les khmers sont trés curieux et nous observent longuement pendant que nous nous installons. Ca peut être pénible avec la fatigue mais ils sont souriants et quand même sympa, il faut prendre sur soi.

la dernière rivière, au bord du village

bivouac dans le village
Jour 3
Dur dur de se réveiller à 4h30 … J’insiste un peu pour qu’on mange du riz avant de partir, j’ai besoin d’énergie ! Première surprise de la matinée, mon pneu est à plat. Réparation à la frontale, vite fait bien fait ! On charge les vélos et filons sur une belle piste. Que du bonheur !
On rejoint rapidement un plus grand village où l’on retrouve 3 touristes hollandais qui déjeunent dans une guesthouse, et s’apprêtent à emprunter la route d’où l’on vient. C’est l’occasion de leur raconter nos péripéties mais peu de chance de les faire changer d’avis. J’ai souvent l’impression qu’il y a une espèce de compétition entre les cyclotouristes, comme s’il y avait plus de mérites à s’aventurer dans des contrées trés difficiles que de profiter de choses à porter de main sur des routes plus traditionnelles. Aprés tout, on voyage pour soi, pas pour apprécier son voyage à travers le récit que l’on peut en faire aux autres.
C’est ainsi qu’ils tentent le coup, alors que nous continuons tranquillement sur la belle piste, pour rejoindre un village à 45km de là, où nous nous reposerons et bichonnerons nos montures. J’ai quelques soucis sur le vélo, le porte bagage s’est dévissé et le garde boue frotte sur la roue arrière. Nous démontons tout ça et je vire le garde boue arrière qui me gène plus qu’autre chose … Tout est bon maintenant, on peut filer comme des fous sur la route vallonnées ! En gérant efficacement les vitesses et l’élan, on arrive à monter sans trop forcer et à descendre à fond. Quel régal !

une belle piste roulante

ça coince ...

passage d'un pont

La route se dégage

On aperçoit les montagnes
Désormais, la route est bien plus dégagée, on peut apercevoir quelques fleurs, les montagnes au loin, c’est quand même plus gratifiant. A midi on est au village. On y rencontre un motard suédois qui souhaite aussi s’aventurer dans les montagnes. Rebelote, on lui raconte notre aventure mais il tente le coup. De notre côté, on se pose dans la guesthouse, on mange un bout, on souffle. On passe l’aprés midi à prendre soin des vélos, ils en ont bien besoin.

Rencontre avec le motard suédois
Dans l’aprés midi, nous voyons revenir les 3 cyclistes hollandais puis le motard qui ont rebroussés chemin. On se croise régulièrement pendant la soirée, c’est toujours l’occasion d’échanger quelques mots.
Jour 4
Aujourd’hui nous rejoignons Pursat, à 120km d’ici, par une belle piste de terre. La journée devient donc un peu plus classique, nous apprécions de pouvoir à nouveau rouler à pleine vitesse. Les montagnes disparaissent peu à peu pour laisser place aux plaines envahies de rizières. Les villages deviennent de plus en plus peuplés, les étals de plus en plus variés et remplis, nous sommes de retour dans la civilisation.

Les filles vont à l'école

et les hommes, aux champs
Encore une belle aventure dans la jungle, qui me laissera finalement de bons souvenirs. C’est toujours comme ça quand on lutte

La fine équipe

un copain de passage à la guesthouse