Bye bye Cambodge !

dimanche 1 février 2009

Ce matin, après quelques jours de repos, nous quittons Bang Lung pour la frontière lao. Cette perspective de changement de pays me donne des ailes ! Les 40 premiers kilomètres de large piste de latérite sont nécessaires pour faire chauffer la machine, mais sitôt Voen Saï et sa rivière franchie en ferry local (deux pirogues jointes par quelques planches, poussées par un moteur « mixeur »), j’ai une pêche d’enfer ! Malgré le sable qui recouvre partiellement la piste et nous chasse sans prévenir, nous filons à toute allure sur un joli sentier de forêt, semé d’embuches mais avec une bonne visibilité.

Dur dur la vie de cyclotrotteur ;-)

Dur dur la vie de cyclotrotteur 😉

Je m’éclate comme un gamin, à sauter les racines sans freiner, à prendre les virages genou sorti comme en moto puis à réaccélérer vivement dès la sortie du virage ! Aujourd’hui, je ne ressens pas le poids des bagages, mes jambes répondent merveilleusement bien, j’ai l’impressionde voler au dessus de la piste. Pour une fois, Bernard, qui d’habitude m’attend régulièrement, doit forcer pour me suivre. Cet enthousiasme renaissant me vaudra quand même deux belles gamelles dans les brousailles et quelques hématomes 🙂

Piste entre Voen Saï et Siem Pang

Piste entre Voen Saï et Siem Pang

En sortant de la forêt, nous apercevons Siem Pang, de l’autre côté de la rivière. On en profite pour boire un jus de canne à sucre fraichement pressé puis nous traversons, toujours en ferry local, avec Bruno, un français de St Médard qui visite le Ratanakiri conduit en motobike par un jeune mais très habile khmer.

rivière à Siem Pang

rivière à Siem Pang

Rivière prés de Siem Pang

Rivière prés de Siem Pang

Le gang de Siem Pang ! Ca rigole pas ... ;)

Le gang de Siem Pang ! Ca rigole pas ... 😉

En soirée, nous prendrons quelques bonbons et biscuits pour la route de demain, dans une petite échoppe où nous sommes bien accueilli. Un peu plus tard, nous viendrons y prendre un repas plutôt moyen : du riz et deux plats en sauce à base de légumes et de viandes avariées vu le goût. Ce soir, j’apprendrai une nouvelle fois à mes dépens à maitriser ma faim. J’englouti ce repas qui me laissera un bon mal de ventre le lendemain … A partir de ce jour, c’est décidé, je ne mangerai plus de viande dans les boui-boui et quand ce n’est pas bon, je ne mange pas ! Pour nous laisser un souvenir plutôt amer de son pays, la tenancière de l’échoppe nous fait payer quatre dollars au lieu d’un, et avec le sourire en plus ! Saleté !

Lever du jour à Siem Pang

Lever du jour à Siem Pang

Dès 6h le lendemain matin, nous nous attaquons à la piste sableuse qui va nous mener à la frontière. C’est notre Paris-Dakar à nous ! 30 km de piste envahie par le sable, j’ai l’impression de rouler sur la plage ! J’ai toujours la pêche d’hier mais l’énergie s’envole vite … Pédaler dans le sable est harassant ! Pendant les premiers kilomètres je tiens le coup mais peu à peu, les jambes tremblent, je pousse le vélo dans les portions difficiles. Bernard accuse aussi le coup mais se débrouille bien mieux que moi sur ce genre de terrain, même si j’ai pas mal progressé en suivant ses conseils judicieux.

En route vers le Laos !

En route vers le Laos !

Je vois la plage ... mais où est l'eau ?!

Je vois la plage ... mais où est l'eau ?!

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Les pompom girls ! :p

le Laos approche ...

le Laos approche ...

Aprés 30 km et 4 heures de pédalage, nous atteignons la route en construction, parfaitement damée et roulante, puis, 15 km plus loin, la nationale goudronnée venant de Stung Treung et nous menant à grande vitesse à la frontière « one dollar ».

Ici s’achève ce périple d’un mois et demi au Cambodge, le long des grands axes et sites plutôt touristiques en solo, puis à travers des pistes sauvages et chemins tortueux avec Aurélien (pour le début) et Bernard. J’avais prévu un paragraphe de fin pour cette aventure au Cambodge mais, la nuit portant conseil, je vais le reformuler car pas assez réfléchi et mûri et l’englober dans un article plus général sur l’asie du sud-est, que j’écrirai en quittant la Thaïlande (non, je n’ai pas peur des représailles :D)

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Mondulkiri et Rattanakiri

mercredi 14 janvier 2009

Voilà déjà douze jours que nous avons quitté Phnom Penh en direction des régions du Mondulkiri (sud est) et du Rattanakiri (nord est).

Il nous a fallu quatre jours pour rejoindre Sen Monorom, ville principale du Mondulkiri via une route en construction plutôt défoncée et poussiéreuse pour les deux premiers jours, puis sur de belles pistes de latérite vallonées pour la fin du parcours. En chemin, Aurélien a préféré retourner en bus vers Phnom Penh puis Shianoukville pour se reposer sur les plages du Sud et retrouver le moral.

costaud le scooter !

costaud le scooter !

Sur cette route, nous avons gentillement été invité à dormir dans une pagode par un jeune khmer étudiant l’anglais. Ces jeunes sont toujours à l’affût des touristes qui passent pour venir discuter et améliorer leur anglais. Malheureusement, ce n’est pas avec moi qu’ils vont beaucoup progresser 😀 L’accueil a été sympathique. Nous avons pu nous installer assez confortablement dans une immense salle décorée de belles peintures (dédiée à la prière me semble t’il) puis faire notre popote à l’intérieur, le tout sous le regard curieux et silencieux de moines de plus en plus nombreux. C’est vrai qu’après une longue journée de vélo, c’est parfois un peu usant de devoir discuter longtemps avec de jeunes khmers qui posent toujours les mêmes questions ou d’être épié jusqu’au coucher, mais dans l’ensemble cette nuit à la pagode ne m’a pas déplu.

La nuit suivante, nous avons pu souffler un peu en dormant dans une forêt d’hévéa. Camper au calme est vraiment agréable dans ce pays où le bruit est omniprésent.

Le dernier jour, l’étape a été assez difficile. Une large piste roulante mais poussiéreuse qui serpente au sein de collines relativement hautes (point culminant atteint : environ 750m), nous entraine sur 70 km et 2200m de dénivelé, à Sen Monorom. C’est probablement l’étape que j’ai préféré de ce mois et demi au Cambodge tant les paysages ont été agréables à l’oeil, ressemblant très étrangement à la provence sur la fin.

Sur la route de Sen Monorom

Sur la route de Sen Monorom

Un gamin qui joue dans l'eau ...

Un gamin qui joue dans l'eau ...

... alors qu'un sauvage curieusement vêtu en sort !

... alors qu'un sauvage curieusement vêtu en sort !

Ca donne envie, non ?

Ca donne envie, non ?

Pause dans la garrigue, au milieu des cigales ;-)

Pause dans la garrigue, au milieu des cigales 😉

A Sen Monorom, nous avons pris 5 jours de repos très froids et ventés (c’est la ville la plus froide du Cambodge), plus ou moins forcés car j’ai été malade. Toujours faire attention à ce que l’on mange et quand ça a un goût de pourri, arrêter de manger ! Nous y avons rencontré Sylvie et Mickael, un couple de suisse en voyage depuis bientôt un an et demi, et avec qui nous avons passé de bons moments.

Cascade de Sen Monorom

Cascade de Sen Monorom

La traversée entre Sen Monorom et Ban Lung (ville principale du Rattanakiri) nous a pris 2 jours. Nous l’avons faite en compagnie de Mickael (encore un …), un cycliste allemand de 55 ans, qui voyage vraiment très léger (8 kilos à peine). Le premier jour s’est déroulé sur une piste aussi roulante qu’avant Sen Monorom, avec pas mal de vent de face au début puis un bon sentier un peu accidenté sinuant dans la forêt jusqu’à un village sans nom. Comme Mickael voyage sans tente, nous avons dû dormir dans ce village, lui dans la maison d’un jeune khmer professeur d’anglais, nous sous les tentes dans le champ en face.

En route vers Ban Lung

En route vers Ban Lung

Là encore, nous avons été bien accueilli par la famille de ce jeune homme, qui nous a offert un bon repas avec plusieurs plats de poissons, viandes en sauce, riz, soupes, et sauces. Nous avons passé une soirée sympa avec lui, dans une sorte de magasin karaoké. En revanche, dès notre arrivée, encore une fois, nous avons dû supporter tout un tas de khmers plus ou moins éméchés, qui viennent constamment nous épier et même trifouiller notre matériel et nos vélos. C’est vraiment lourd et très limité vu qu’ils n’ont aucune discussion et sont plutôt bourrins … Et puis dès 21h, une fête a commencé, la musique ultra forte et saturée … Impossible de dormir jusqu’à 1h du mat’, une vraie torture … Toute la nuit j’ai haïs tous les gens du village et je me suis réveillé d’une humeur terrible, comme très rarement j’ai été dans ma vie. J’ai plié mes affaires et me suis barré fissa sans rien dire aux villageois. Je l’avais mauvaise …

Du coup, la journée a été vraiment rude. Entre le manque de récupération de la veille, la fatigue, une grosse douleur au sternum m’empêchant de respirer et la route défoncée et relativement sableuse, j’avais le moral et le physique dans les chaussettes, je n’avancais pas du tout … Le repas puis la sieste du midi m’ont fait beaucoup de bien pour repartir un peu plus en forme l’aprés midi sur une bonne piste.

Les sentiers qui mènent tous à Ban Lung ... ou presque

Les sentiers qui mènent tous à Ban Lung ... ou presque

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Arrivé à Ban Lung, poussiéreux et fatigué 😛

Nous voilà désormais à Ban Lung, où nous nous reposons un peu et nous baladons avant de partir au Laos demain matin. Deux jours de route et nous franchirons la frontière ! La découverte d’un nouveau pays me tarde, un mois et demi au Cambodge me suffit.

... mais aprés un jour de repos, ça va mieux !

... mais aprés un jour de repos, ça va mieux !

Balade apaisante au bord du lac Yeak Loam

Balade apaisante au bord du lac Yeak Loam


Suosdeï timaï khmar ! (ou quelques chose comme ça … :p)

jeudi 1 janvier 2009

Comme vous l’aurez compris … ou pas, je vous souhaite à toutes et à tous une heureuse année 2009 !

Depuis la traversée des Cardamones, nous avons rejoins Phnom Penh par la nationale, en deux bonnes étapes de 153 puis 40km. Nous y restons plusieurs jours pour faire les visas lao, acheter des bricoles pour la suite du voyage, toujours prendre soin des vélos et …. faire de la couture ! J’ai passé une aprés midi à transformer un sac banane acheté pour une demi bouchée de pain au marché, en sacoche de guidon, en cousant quelques sangles en velcro. Je suis content du résultat, reste à voir si ça tiendra dans le temps. Merci maman pour les cours de couture 😉

Cela fait toujours du bien de se poser quelques jours dans une ville, on a toujours quelques bricoles à faire et les jambes apprécie de souffler un peu. Nous repartons demain matin en direction de Kompong Cham le long du Mékong, puis vers l’est et les régions du Modulkiri et Rattanakiri. Encore de belles aventures en perspectives !

Bonne année !


La traversée des Cardamones

jeudi 1 janvier 2009

Ca y est, l’équipe est au complet, Aurélien est arrivé hier en fin de matinée de Thaïlande !

Jour 1

Ce matin, debout à 5 heures du mat’ pour décoller à 6 heures, au lever du jour, et profiter de la fraicheur matinale. Bernard souhaite que l’on prenne ce rythme pour les deux-trois mois que l’on va passer ensemble, cela permet de faire de longues étapes en roulant surtout le matin. L’idée est bonne mais pour moi cela risque d’être difficile d’avancer correctement sans un bon déjeuner dans le ventre (qui a dit « quel glouton celui là » ? :p), à cette heure ci tout le monde dors, rien n’est ouvert. Je vais devoir me préparer une petite collation dans ma chambre.

Par chance, ce matin j’entends l’habituelle ritournelle du boulanger qui passe de bon matin distribuer du pain chaud à qui en veut. Pendant de nombreux jours il m’a réveillé avec ses grands « Maaaaaao Maïiiiii ! » sans que je ne sache qui c’était (je pensais que c’était un rituel bouddhiste :p). Je me rue sur lui pour lui prendre 9 pains chauds ! ce sera mes petits déjeuners pendant la traversée, avec de la confiture ! Miam !

Un petit bout de pain avant de partir

Un petit bout de pain avant de partir

C’est donc au lever du soleil que l’on attaque la traversée de la chaîne des Cardamones, probablement l’une des régions les plus sauvages du Cambodge, constituée de sommets relativement bas coincés dans  une  épaisse jungle, abritant entre autres, tigres et serpents. Grace au GPS de Bernard, on trouve la bonne piste rapidement. Il fait bon, tout roule sur ce large chemin de terre battue. Ca fait du bien de remonter sur le vélo aprés ces vacances à Koh Kong !

Levé du jour

Levé du jour

quelques ponts à traverser

quelques ponts à traverser

Quelques côtes plus ou moins raides nous surprennent, à froid. Les dérailleurs grincent, les jambes rechignent à la tâche si bien que nous poussons souvent les vélos assez souvent. Rapidement, la jungle apparait, tel un no man’s land. Nous croisons à peine 2-3 scooters pendant la journée, on est vraiment au calme, c’est bien agréable.

hop hop hop ! ça triche !

hop hop hop ! ça triche !

pause bien méritée

pause bien méritée

Aprés quelques heures de pédalage, nous traversons notre première rivière. Celle ci est toute petite, elle se prolonge quelques mètres plus loin pour former un lac au creux des rochers.  C’est l’occasion de remplir les bouteilles d’eau (on a 9 litres chacun), et de se rincer le visage dégoulinant de sueur.

Ca filoche sur la piste !

Ca filoche sur la piste !

large piste de la matinée

large piste de la matinée

Les choses sérieuses commencent ici. Les montées se font de plus en plus raides et accidentées, la transpiration coule à flot, tout le corps est sollicité, tantôt pour pédaler, tantôt pour pousser. Alors que je suis en queue de peloton, un khmer jailli de la jungle, tout sourire, les bras remplis de canne à sucre. Nous nous arrêtons avec Aurélien alors que Bernard file en tête. Cet homme commence à nous débiter des bouts de canne à sucre, à les peler avec une grande dextérité pour nous les donner prêt à déguster. On croque dedans (attention aux dents, c’est trés dur !), on mâche pour en extraire un jus trés sucré, puis on recrache un paquet de fibres toutes sèches. Huuum, que c’est bon ! Tout heureux que ça nous plaise, notre ravitailleur repars à grandes enjambées dans la forêt pour nous en ramener encore plus, avec en bonus, un ananas ! On charge tout ça sur les vélos, et on repart en le remerciant chaleureusement. C’est la seule habitation que nous verrons pendant les deux jours et demi suivant.

Khmer en plein travail

Khmer en plein travail

moi, en plein travail aussi !

moi, en plein travail aussi !

A midi, le soleil cogne fort. C’est l’heure de se poser, ronger un peu de canne à sucre et faire une p’tite sieste. Le khmer rencontré un peu avant nous rejoins en scooter pour batailler un peu. Quand on lui dit qu’on traverse les Cardamones jusqu’à Battambang, il éclate de rire et nous prends sans doute pour des barjos. A ce moment là, on ne se doute pas du tout de ce qui nous attends …

13h30, la chaleur étouffante s’est apaisée, nous pouvons repartir. Dès les premiers tours de roues, la piste se transforme en un véritable champ de guerre, complètement ravagé par les alternances successives de grandes chaleurs et d’humidité, amplifié par un fort ruissellement d’eau pendant la mousson. La route goudronnée de l’Indochine n’y a pas résistée, elle a complètement disparue. Les côtes continuent de s’accentuer, la jungle se resserre sur nous tel un python qui tente d’étouffer sa proie, nous sommes fait comme des rats ! Difficile de rester assis sur les vélos, nous poussons à travers un épais treillis de lianes et de bambous, aidés de la machette de Bernard pour se frayer un chemin. Durant les rares portions de pédalage, nous devons sans cesse faire attention aux pieux saillants qui sortent du sol, aux lianes et bambous vicieux en travers du chemin à hauteur de tête mais aussi aux feuille de bambous qui nous lacère allègrement les bras.

Parcours d'obstacle

Parcours d'obstacles

traversée de rivière

traversée de rivière

La jungle se resserre ... un peu

La jungle se resserre ... un peu

... beaucoup !

... beaucoup !

obstacle franchi, on remballe !

obstacle franchi, on remballe !

Cette fin d’aprés midi est très physique, nous n’avançons pas … Nous nous posons le long de la piste juste avant la tombée de la nuit. En cette soirée de réveillon de Noël, nous dégustons un bon plat de riz avec un peu de maquereaux à la tomate, perdus dans la jungle, vidés par cette fin de journée mais joyeux  et interrogatifs sur la suite de la traversée.

Jour 2

Réveil à 4h30 en ce 25 décembre 2008. Comment ne pas avoir une pensée pour ma famille qui vient de terminer un bon repas, bien au chaud à la maison alors que nous nous apprêtons à attaquer une rude journée. Un petit bout de pain à la confiture et 2-3 biscuits viennent me réconforter et me donner un peu d’énergie pour commencer la matinée … en poussant les vélos ! On avance à 2-3 km/h de moyenne, dans une jungle de plus en plus intense. Les montées sont tellement raides et glissantes qui nous nous y mettons souvent à deux pour monter les vélos. Il faut donc régulièrement faire 2 fois le trajet pour dégager le chemin à la machette et monter les 3 vélos. Les descentes ne sont guère meilleures, la piste est tellement défoncée que nous avancons à côté des vélos, debout sur les freins.

debout sur les freins !

debout sur les freins !

La montée infernale !

La montée infernale !

Mes petits bras se plaignent rapidement de devoir pousser tout ce poids. Heureusement que Bernard et Aurélien viennent me filer un coup de main dans les montées, parfois je reste coincé sans pouvoir avancer. Durant toute la matinée, je passe par des phases où j’apprécie cette ambiance aventure au coeur de la jungle et ce défi physique qui nous apprends beaucoup sur nous même, où j’observe cette nature sauvage, à la fois dure mais étrangement rassurante, puis par des phases où je me demande quel intérêt il y a à autant lutter pour avancer, surtout en poussant les vélos …

Passez pont-pont les carillons ...

Passez pont-pont les carillons ...

Allez y, poussez, poussez ... !

Allez y, poussez, poussez ... !

Aprés 5 heures de route et 12 km, nous atteignons une large rivière, la plus belle de toute les rivières aprés tant d’efforts ! C’est l’occasion de reprendre des forces, de manger l’ananas, boire un bon thé, se laver tout nu dans la rivière, bref, de récupérer ! Nous réfléchissons à la suite. Dois on faire demi tour ou continuer dans ces conditions ? Nous avons de quoi tenir plusieurs jours, même à ce rythme, ça serait dommage de rebrousser chemin alors que la bonne piste n’est peut être qu’à quelques mètres/kilomètres.

petite collation au bord de la rivière

petite collation au bord de la rivière

Nous traversons la rivière bagage par bagage, puis nous poursuivons notre chemin de croix, toujours au même rythme. Une montée d’un bon kilomètre nous use physiquement, vivement qu’on puisse remonter sur nos vélos. La fatigue aidant, les chutes deviennent de plus en plus courante, surtout pour Bernard qui ouvre le chemin tel un cheval fougeux. Je l’entends de temps en temps s’étaler de tout son long dans les fougères. La délivrance arrive quelques kilomètres plus loin. Un petit sentier réapparait. Il serpente au milieu de hautes herbes qui ressemble à du blé. Serait on prêt d’un village ? Nous continuons jusqu’à la tombée de la nuit, ateignons une nouvelle rivière où un homme nettoie son scooter. Waouh ! Un village !

Ca grimpe un peu ici on dirait

Ca grimpe un peu ici on dirait

On pose nos tentes à côté des maisons, on mange à l’abri, sous le toit d’un des habitant qui nous offre quelques bouts de viande. Les khmers sont trés curieux et nous observent longuement pendant que nous nous installons. Ca peut être pénible avec la fatigue mais ils sont souriants et quand même sympa, il faut prendre sur soi.

la dernière rivière, au bord du village

la dernière rivière, au bord du village

bivouac dans le village

bivouac dans le village

Jour 3

Dur dur de se réveiller à 4h30 … J’insiste un peu pour qu’on mange du riz avant de partir, j’ai besoin d’énergie ! Première surprise de la matinée, mon pneu est à plat. Réparation à la frontale, vite fait bien fait ! On charge les vélos et filons sur une belle piste. Que du bonheur !

On rejoint rapidement un plus grand village où l’on retrouve 3 touristes hollandais qui déjeunent dans une guesthouse, et s’apprêtent à emprunter la route d’où l’on vient. C’est l’occasion de leur raconter nos péripéties mais peu de chance de les faire changer d’avis. J’ai souvent l’impression qu’il y a une espèce de compétition entre les cyclotouristes, comme s’il y avait plus de mérites à s’aventurer dans des contrées trés difficiles que de profiter de choses à porter de main sur des routes plus traditionnelles. Aprés tout, on voyage pour soi, pas pour apprécier son voyage à travers le récit que l’on peut en faire aux autres.

C’est ainsi qu’ils tentent le coup, alors que nous continuons tranquillement sur la belle piste, pour rejoindre un village à 45km de là, où nous nous reposerons et bichonnerons nos montures. J’ai quelques soucis sur le vélo, le porte bagage s’est dévissé et le garde boue frotte sur la roue arrière. Nous démontons tout ça et je vire le garde boue arrière qui me gène plus qu’autre chose … Tout est bon maintenant, on peut filer comme des fous sur la route vallonnées ! En gérant efficacement les vitesses et l’élan, on arrive à monter sans trop forcer et à descendre à fond. Quel régal !

une belle piste roulante

une belle piste roulante

ça coince ...

ça coince ...

passage d'un pont

passage d'un pont

La route se dégage

La route se dégage

On aperçoit les montagnes

On aperçoit les montagnes

Désormais, la route est bien plus dégagée, on peut apercevoir quelques fleurs, les montagnes au loin, c’est quand même plus gratifiant. A midi on est au village. On y rencontre un motard suédois qui souhaite aussi s’aventurer dans les montagnes. Rebelote, on lui raconte notre aventure mais il tente le coup. De notre côté, on se pose dans la guesthouse, on mange un bout, on souffle. On passe l’aprés midi à prendre soin des vélos, ils en ont bien besoin.

Rencontre avec le motard suédois

Rencontre avec le motard suédois

Dans l’aprés midi, nous voyons revenir les 3 cyclistes hollandais puis le motard qui ont rebroussés chemin. On se croise régulièrement pendant la soirée, c’est toujours l’occasion d’échanger quelques mots.

Jour 4

Aujourd’hui nous rejoignons Pursat, à 120km d’ici, par une belle piste de terre. La journée devient donc un peu plus classique, nous apprécions de pouvoir à nouveau rouler à pleine vitesse. Les montagnes disparaissent peu à peu pour laisser place aux plaines envahies de rizières. Les villages deviennent de plus en plus peuplés, les étals de plus en plus variés et remplis, nous sommes de retour dans la civilisation.

Les filles vont à l'école

Les filles vont à l'école

et les hommes, aux champs

et les hommes, aux champs

Encore une belle aventure dans la jungle, qui me laissera finalement de bons souvenirs. C’est toujours comme ça quand on lutte 🙂

La fine équipe

La fine équipe

un copain de passage à la guesthouse

un copain de passage à la guesthouse


Vacances de Noël

lundi 22 décembre 2008

Et oui ! Pour moi aussi c’est les vacances de Noël ! Depuis le 19 décembre, je me trouve à Koh Kong, à la frontière sud ouest avec la Thaïlande, où j’ai rejoins Bernard, cyclotrotteur expérimenté qui connait bien le Cambodge et le Laos, et où nous attendons Aurélien, jeune cyclotrotteur, qui devrait arriver demain dans la journée.

Depuis mon escapade dans la jungle, je me suis calmé. J’ai suivi la nationale 6 jusqu’à Phnom Penh. J’ai fait quelques agréables rencontres sur une route qui était plutôt sympa sans être exceptionnelle. L’arrivée sur Phnom Penh m’a particulièrement marquée. A plusieurs reprises j’ai failli me faire écraser par un bus qui dépassait alors que j’arrivais en face … Dès qu’il y a beaucoup de circulation cela devient vraiment dangereux sur ces grands axes …

Du coup, j’ai mis le vélo dans un bus pour la portion de nationale Phnom Penh – Koh Kong. Ici, on se repose, on fait de la coutûre, on bricole les vélos, on fait quelques provisions. On est dans une guesthouse en bois trés charmante, au bord de l’eau, c’est vraiment paisible comme coin.

Dès l’arrivée d’Aurélien, nous traversons la chaine des Cardamones jusqu’à Battambang, pour rejoindre Phnom Penh, puis nous remonterons vers le Laos en passant par les régions sauvages du Mondulkiri et du Rattanakiri (pendant que mes frères mangent du jambonkiri comme dirait mon père :p).

En cette fin d’année, je vous souhaite à toutes et à tous de bonnes fêtes. Profitez en bien et sans doute à dans quelques jours pour un nouvel article 😉

Ciao

Rémy


Leçon d’humilité dans la jungle cambodgienne

jeudi 18 décembre 2008

En quittant Siem Reap, deux possibilités s’offre à moi : continuer le long de la très empruntée Nationale 6 jusqu’à Kompong Cham pour rejoindre Phnom Penh en longeant un tout petit bout du Mékong, ou bien passer par les pistes du Nord jusqu’à Stung Treng et suivre le Mékong, toujours par des pistes, sur plusieurs centaines de kilomètres jusqu’à Kompong Cham puis Phnom Penh. La seconde solution est bien sûr beaucoup plus intéressante !

Mes deux cartes n’indiquent pas les mêmes pistes et noms de villages mais en recoupant les informations, je devrais m’en sortir. Ce sera l’occasion de dormir dans de tout petits villages, là bas pas de guesthouse, se sera tente ou chez l’habitant. Je prends quelques provisions, de l’essence pour le réchaud et c’est parti !

Jour 1

Je commence par suivre la Nationale 6 sur 40 km, jusqu’à la petite ville de Dom Dek, accompagné par Kim et Sam, 2 jeunes étudiants qui rentrent de l’école à vélo. L’un étudie pour être guide à Angkor, l’autre pour être instituteur. Les deux parlent très bien anglais alors qu’ils ne l’étudient que depuis trois ans ! Je suis bluffé !

Avant de bifurquer vers Beng Melea, début des pistes, je prends quelques énoooormes beignets à la banane (mais où trouve t’ils des bananes de cette taille ??) que je partage en chemin avec un gamin qui me fixe de l’autre côté de la route. Il sourit mais ne dit mot. Curieux …

Le long des routes, les enfants sont surexcités, ils crient « hello », « bye bye », parfois des dizaines de fois, jusqu’à ce que je sois  hors de vue. Les jeunes mamans disent « hello » en agitant la main de leur bébé alors que les gars lançent des « oh! farang! » à tout va, en rigolant. J’aime bien cette ambiance … tant que je suis en forme 🙂

A Beng Melea, la route goudronnée se transforme en piste plutôt roulante. Je discute avec un garde qui me conseille de dormir à Kvav en demandant au chef du village. Sur cette piste, les enfants sont encore plus survoltés, c’est de la folie ! Je m’arrête boire un coca dans une petite cahute qui vend 3 canettes et 2 pailles, et je suis de suite entouré d’une dizaine de gamins qui me dévisagent sans bouger et sans parler. Au début, on dirait qu’ils ont peur. Alors je souris et ils éclatent de rire. Cela continue tout le temps que je vide ma canette, puis quand je repars ils me courent aprés sur au moins 500 mètres ! J’en entends qui continue de crier « bye bye » alors que je ne les vois même plus ! C’est fou ! Dommage que je n’ai pas eu les balles de jonglage, on aurait rigolé 🙂

sur la route de Kvav

sur la route de Kvav

Piste entre Beng Melea et Kvav

Piste entre Beng Melea et Kvav

Entre Beng Melea et Kvav

Entre Beng Melea et Kvav

Etang vers Kvav

Etang vers Kvav

J’arrive à Kvav à 15h30. Apparemment, Ta Seng, le village où j’avais prévu d’aller, et 30 km plus loin. J’ai déjà fait 96 km, je vais essayer de dormir ici. Pas simple … Je demande un peu partout, on m’envoie sans cesse dans une autre direction. Le bouche à oreille va vite, un attroupement se forme rapidement. Un jeune, peu commode mais finalement sympa, me propose de poser ma tente à l’étage de sa maison, sous l’avancée abritée, sachant que demain c’est debout à 5h du mat’ ! Ok, colonel !

Je n’installe que la moustiquaire, je me rince un peu à la douche cambodgienne (une réserve d’eau froide et un seau pour s’asperger) puis j’essai de discuter avec les gens qui m’accueillent. Pas simple … Un seul parle quelques mots d’anglais, on arrive à se comprendre mais difficilement. On fait le tour du bled pour prendre de l’eau, puis on mange un bout dans le boui-boui local, où les hommes jouent au snooker, un jeu de cartes à argent.

Dans la soirée, on regarde un bouquin khmer – anglais, j’apprends à prononcer quelques mots/expressions. C’est pas gagné mais ça les fait marrer ! 😀

Jour 2

Comme prévu, dès 5h du mat’, ça bouge dans la maisonnée ! Cela commence par les molosses, chercheurs de mines, enfermés dans des box d’un mètre cube, qui aboient dès qu’une fourmi passe … Ils sont sacrément balèzes, ils me mangeraient tout cru sans le grillage qui nous sépare. Pauvre bête quand même, elles rendent un sacré service toute leur vie mais ne sont pas vraiment bien traitées …

Peu à peu, je vois défiler les démineurs du CMAC (les gens qui m’hébergent), couverts comme des inuïts, prêt à aller bosser en pleine jungle avec leurs cerbères. Je les imite, j’embarque tout mon barda et je pars à 6h30 vers Ta Seng, alors que le soleil se lève difficilement (et oui, pas facile de se lever si tôt, je comprends …).

Début de matinée, juste aprés Kvav

Début de matinée, juste aprés Kvav

Deux-trois kilomètres me permettent de m’échauffer avant que la piste large et roulante ne s’enfonce dans la forêt. Très vite, je dois emprunter des sentiers de contournements pour éviter les portions innondées. Des ponts de fortune en bambous, permettent aux marcheurs et vélos de passer, tandis que les charrettes continuent leur chemin. A chaque fois, je traverse avec plusieurs personnes qui rigolent, l’ambiance est détendue en ce début de matinée.

Peu à peu, la piste se transforme en petite sentier complètement défoncé par l’eau, de profondes ornières séchées le rende peu praticable. J’avance tant bien que mal, en glissant, en tapant de souches d’arbres cachées dans les herbes qui m’arrêtent net et font valser les sacoches. Je roule à 10km/h, peinant à avancer, le chemin se fait de plus en plus petit et difficile. Désormais, je dois traverser quelques gués, pousser le vélo dans les portions de sable, avancer à l’aveuglette dans les hautes herbes d’un bon mètre cinquante, qui cachent sentier et ornières. Je frôle la chute des dizaine de fois, les sacoches se décrochent constamment sur les chocs, j’ai l’impression que le vélo va exploser en morceaux.

ça commence cool, sur deux-trois kilomètres

ça commence cool, sur deux-trois kilomètres

Oh ! des ornières !

Oh ! des ornières !

oh ! un guêt !

oh ! un gué !

Oh ! mais il est où le chemin ?

Oh ! mais il est où le chemin ?

Au bout de 2h30 et 27km, je tombe. C’est la chute de trop, je fais demi -tour. Je n’ai absolument aucune certitude d’être sur la bonne piste (j’en doute même fortement, je ne vois pas quel véhicule pourrait passer ici), je n’ai plus beaucoup d’eau et il me reste au moins 40/50 km pour arriver au bout de la piste d’aprés l’une de mes cartes. Si cela continue comme ça, je vais casser le vélo et je serai bon pour rentrer à la maison … En plus, je suis fatigué physiquement de devoir sans cesse redresser le vélo, le pousser, le tirer, le soulever par dessus les troncs qui barrent la route, etc… Je ne profite de rien, je ne fais que peiner, quel intérêt ?

Les 27 km me séparent de Kvav seront épuisant. Ma pire journée de cyclotourisme … Je bois le peu d’eau que j’ai tous les 5 km mais j’ai vraiment soif. Je me cogne partout, encore plus qu’à l’aller, j’ai du mal à pédaler droit et à tenir le guidon … Quel est la part réelle d’épuisement physique et mental ? Difficile à dire. Sans doute pourrais je continuer comme ça toute la journée, mais là je ne rêve que d’un matelas pour reposer mon dos en mille morceaux et d’eau, même chaude.

Je lutte et approche enfin de Kvav. Je croise les mêmes khmers qu’à l’aller, qui sont hilares en me voyant sortir de la forêt, 5h plus tard. Je pense que la fatigue se lit sur mon visage alors je supporte mal de les voir rirer. Je continues en les ignorant et en ne pensant qu’au thé que je vais boire !

A Kvav, je file direct au boui-boui. Je mange difficilement le riz et le boeuf aux oignons que l’on me sert et qui est pourtant très bon. Par contre, je n’arrive pas à arrêter de boire ! J’ai dû me siffler deux bons litres de thé glacé ! Le bonheur ! A côté de moi, une bonne vingtaine de khmers (que des hommes, les femmes bossent …) sont attablés à regarder un match de boxe khmère et à faire des paris dans un vacarme tonitruant, comme c’est la tradition dans ce pays… Je reste là, une heure et demie, comme un zombie, à les observer le regard aguard, et à piocher de temps en temps un peu de mon repas.

Je n’ai pas trop envie de rester dormir à Kvav. Soit je reviens sur mes pas vers Dom Dek à 60km, soit je tente une autre piste qui rejoins Kouk Thlok Krom à 40 km. Il parait que la seconde piste est en mauvais état, alors je ne prends pas de risque, je repars à Dom Dek. Cette longue pause m’a fait du bien, je repars avec un second souffle, espérant arriver à Dom Dek avant la nuit. Au pire, je camperai, je
n’ai plus vraiment d’appréhension, il suffit de faire un peu attention.

Je pédale donc 3h20 de plus, m’arrêtant à Beng Melea pour essayer d’y trouver une guesthouse, sans succés. J’arrive à Dom Dek à 17h30, juste devant une guesthouse ! Je m’y pose et me jette sous la douche cambodgienne. L’eau est à 10° mais je m’en fiche, ça fait trop de bien ! Je vais faire quelques emplettes au marché en marchant comme un crabe, je déguste ananas et mandarines, je lis un peu et je m’endors comme un loir. Qu’il est bon ce matelas !

 


L’auto-génocide des Khmers rouges

jeudi 18 décembre 2008

Une fois n’est pas coutume, cet article ne parle pas de mon aventure, mais d’une courte et terrible période de l’histoire du Cambodge : le régime des Khmers rouge.

Il est à mon avis essentiel de connaître cette page de l’histoire pour espérer comprendre le Cambodge d’aujourd’hui. Je ne la connaissais pas, je l’ai découvert à travers le récit émouvant de Pin Yathay, un survivant de cet enfer, intitulé « Tu vivras, mon fils ».

Voici un extrait de la préface de ce livre, qui explique bien ce que fût ce régime :

Dans l’histoire récente, peu de régimes ont acquis une réputation aussi sinistre que celle des Khmers rouges. Entre avril 1975 et janvier 1979, le Cambodge fut littéralement anéanti par une poignée de fanatiques marxistes-léninistes.

Guidés par leur orgueil démesuré, ces hommes et ces femmes s’inspiraient de la Chine maoïste, croyant à tort que le Cambodge possédait un fort potentiel révolutionnaire. Ils s’étaient emparés du pouvoir aprés vingt ans d’activités clandestines et cinq ans de guerre civile, destituant un lamentable gouvernement pro-américain mis en place en 1970. Y étant parvenus deux semaines avant que les communistes vietnamiens n’entrent à Saigon, les dirigeants Khmers rouges furent convaincus que la révolution cambodgienne serait plus rapide, plus pure que celle du Vietnam.

Leurs têtes étaient pleines de plans grandioses visant à l’avènement du communisme, mais ils n’avaient ni l’expérience ni l’aptitude à diriger un pays. Au cours de leur longue marche vers la victoire, les Khmers rouges avaient toujours agi dans la clandestinité. Ils croyaient que le secret était indispensable à leur succès. Une fois maitres du pays, ils firent silence sur leur programme, demeurèrent cachés et dissimulèrent l’existence même du Parti communiste. L’organisation révolutionnaire était dirigé par un ancien instituteur aux manières avenantes qui se faisait appeler Pol Pot. Ses adjoints, Nuon Chea et Son Sen, étaient des révolutionnaires professionnels endurcis qui dirigeaient les services de sécurité. En avril 1975, aidés par des milliers de recrues, pour l’essentiel issues de la paysannerie pauvre du Cambodge, ces trois hommes et leurs associés se lancèrent dans ce qui fut sans dout la révolution marxiste-léniniste la plus rapide, la plus brutale et la plus ambitieuse de toute l’Histoire.

Du jour au lendemain, ou peu s’en faut, l’Organisation révolutionnaire abolit l’argent et la propriété privée, ferma les marchés, les tribunaux, les bureaux, les écoles, les lieux de culte, contraignit les moines bouddhistes à se défroquer, sépara les familles, interdit les bijoux, les sports, l’adultère, et vida les villes du Cambodge. Cela fait, les nouveaux dirigeants cherchèrent à tripler sur le champ la production agricole du pays, afin de parvenir à l’indépendance économique. Pour atteindre leurs objectifs, ils comptaient sur la gratitude, la fidélité et l’appui des paysans pauvres comme sur le soutien disparate de soldats, d’anciens étudiants et de paysans déclassés qui avaient garni les rangs du Parti communiste.

Aprés avril 1975, chacun se vit enjoindre de « construire et de défendre » le pays afin qu’il parvienne à « l’indépendance et à la maîtrise ». Les paysans pauvres, fer de lance de la révolution, devaient être animés par leur vertu intrinsèque et le glorieux passé du Cambodge, comme par la crainte d’ennemis de l’extérieur ou de l’intérieur agitée par leurs dirigeants. […]

Ceuxx qu’on appelait les « Nouveaux », comme Pin Yathay et sa famille, qui avaient refusé de se joindre à la révolution et n’avaient guère l’habitude du travail manuel, furent qualifiés « d’ennemis de l’Etat » et durement traités. Des milliers d’entre eux furent tués en raison de leurs origines de classe ou de leurs anciennes fréquentations. Les Khmers rouges,  s’adressant à eux lors de réunions politiques, psalmodiaient un mantra inquiétant : « Vous garder n’est pas un gain, vous perdre n’est pas une perte. »

En moins de quatre ans, le Cambodge vit sa situation se dégrader. Le régime, dans le cadre de son « super-bond en avant », avait fixé des objectifs irréalistes pour la production de riz, et l’économie ne tarda pas à s’effondrer : dans bien des régions, on se trouva à court de vivres, et des famines s’ensuivirent. Les effets combinés d’une planification incohérente, de la médiocrité des dirigeants, d’un travail épuisant et de la pénurie de nourriture se révélèrent désastreux. Entre avril 1975 et janvier 1979, au moins 1.4 million de Cambodgiens moururent de maladies non soignées, d’épuisement ou de faim. La plupart de ces décès furent la conséquence des mauvaises conditions imposées par le régime mais beaucoup furent dus au refus hautain de l’organisation révolutionnaire d’accepter les remèdes, la nourriture ou les outils offerts par les pays étrangers – l’aide de la Chine et de la Corée du nord, pour l’essentiel réservée aux membres du Parti, étant passée sous silence !

Outre ces victimes de l’utopisme, de l’inéxpérience et de l’incompétence des Khmers rouges, au moins 400 000 personnes – hommes, femmes et enfants – furent exécutés parce qu’ennemis de l’Etat, souvent sur les lieux de travail forcé où l’on rassemblait celles et ceux qui avaient critiqué le régime, ou dissimulé leurs origines bourgeoises. Des milliers d’autres prisonniers furent exécutés de manière routinière dans les « centres de rééducation », où régnaient des conditions de vie effrayantes. En 1978, il y eut des massacres à la chaîne de cadres et de soldats en zone orientale, théâtre d’une brève invasion vietnamienne. Entre 1976 et 1978, des milliers de membres du Parti périrent également dans des purges incessantes.

Le macabre bilan des Khmers rouge – selon les estimations, un Cambodgien sur cinq ou six tué ! – fut le pire du XXe siècle – du moins jusqu’au massacre rwandais de 1994. Nombre de victimes étant cambodgiennes, on a  vite utilisé l’expression « d’auto-génocide » pour décrire ce qui s’était passé.

Avoir survécu à cette période donne au récit de Pin Yathay une aura triomphante. L’un des aspects les plus frappants de « Tu vivras, mon fils » est le regard que Yathay porte sur les événements qu’apparemment les mots sont impuissants à décrire. Comme dans nombre de récits de survivants, le désir de Yathay de rester en vie pour ensuite témoigner paraît l’avoir soutenu face à des situations a priori insurmontables.

30 ans aprés, le pays ne s’en ai toujours pas complètement remis. Il reste énormément de choses à faire au Cambodge pour que les cambodgiens ai une vie plus décente. Malheureusement, la corruption est partout : politique, médias, police, etc … Tout se règle à grands coups de billets verts, y compris la justice.

Récemment, j’ai vu un reportage sur TV5 monde, où des expatriés français disait : « Au Cambodge, on a pleins de libertés ! ». Comment peut on parler de libertés dans un pays sans justice, sans autre loi que celle de l’argent, où encore une grande partie de la population se tue à la tâche pour survivre, soutenue par énormément d’ONG et bénévoles au grand coeur, qui aident tant bien que mal à reconstruire ce pays ?

La vie est dure ici, mais le peuple khmer est extraordinairement attachant et chaleureux. Rien que le long des routes, il est difficile de répondre à tous les « hello » et sourires, tant ils sont nombreux.

Bien sûr, parfois ils m’énervent énormément aussi, par leur façon de conduire, vraiment brutale et irresponsable, à grand coup de klaxon prolongé, sans jamais avoir l’idée de ralentir, lorsqu’ils me désignent du doigt en criant « oh! farang! » ou quand ils essaient de me soutirer quelques riels/dollars de plus, au resto ou dans les marchés.

Ces deux sensations ambivalentes continueront de m’habiter jusqu’à la fin de mon séjour ici je pense. Dans tous les cas, ce pays ne m’aura pas laissé indifférent.