Passage furtif au Turkestan chinois (Xinjiang)

dimanche 17 mai 2009

Apres un peu de repos a Chengdu, mon envie de quitter la Chine au plus vite s estompe. Alors, quoi faire ? Continuer ma visite du Tibet en remontant vers le Nord et ces imposants monasteres en risquant d etre bloque par des barrages policiers, ou prendre un train pour decouvrir une autre region ? Choix cornelien, l immensite du territoire chinois est plutot frustrante. Apres de longues hesitations, je decide de me rapprocher de l Asie Centrale et donc de prendre un train en direction du Xinjiang, aussi appele Turkestan chinois, province du Nord Ouest de la Chine.

C est parti pour pas loin de 4000km en 48h de trajet sur un siege ! Parfois l etre humain fait des choix bizzares, assez incomprehensibles. Qu est qui m a fait choisir un siege plutot qu une banquette pour dormir ? Aucune idee, mais la prochaine fois je reflechirai un peu plus 😀 Les trains chinois ressemblent a nos TER francais, ce n est pas le grand luxe mais c est tres correct. Particularite rigolote : comme sur un ferry, on peut acheter un ticket pour voyager sans place assise. Autant vous dire qu en cette periode de vacances les wagons sont bondes ! (les travailleurs chinois ont 3 jours feries debut mai, ils en avaient 8 avant mais le gouvernement les trouvait trop paresseux 😉 ). Du coup, c est l occasion d assister a quelques scenes marrantes. Mes voisins sont assez sympa, toujours tres bavards en chinois, beaucoup moins en anglais (on est un bloc de 4 personnes avec une table au milieu), il y a le charcutier (simple supposition mais il a la tete du metier), au visage porcin (non Yannick, tu n as pas le visage porcin … quoique 😉 ), qui sue a longueur de journee et se nourrit de saucisses suintantes et bieres matin, midi et soir, le ouighour d une cinquantaine d annee, avec son couvre tete typique des musulmans, au visage severe mais finalement bien gentil, devorant 2 poulets cuits en une journee et un vieux chinois toujours souriant, qui n arrete pas de me proposer des ailes de poulet bouillies … C est 3 la sont de vrais carnassiers !

Autre particularite, bien lourde celle la, qui ne m etonne pas plus que ca dans ce pays de paranos : on vous demande tout le temps votre billet de train … Lors d un enieme controle, je m apercois que mon ticket a du tomber de ma poche lors d un arret dans une gare alors que je prenais l air. Du coup, sans trop me faire de souci, j explique la situation au controleur. Lui ne le voit de cet oeil. Il revient a la charge avec 2 autres controleurs et un policier. Apres 40h de trajet, ca m enerve, faut pas deconner, je leur ai montre mon ticket 6 fois, je suis le seul etranger du wagon voire du train, ils m ont bien repere …  C est parti pour le controle du passeport, les questions habituelles, etc … Avec tout le wagon qui s est regroupe autour de mon siege pour voir ce qu il se passe (ca y est, de l animation !). Apres de longues parlementations en chinois (pas de moi, vous imaginez bien :p), je pense a montrer le papier que l on m a donne pour recuperer mon velo a l arrivee. Le controleur me sort « Urumqi ? ». Ben oui, ca fait 6 fois que tu vois mon ticket, t as bien vu que j allais a Urumqi non ! Pfiou, ils me lachent la grappe apres 10 minutes … Sont vraiment barjos ces chinois …
 
L entree au Xinjiang est assez remarquable. Cette region aride est essentiellement desertique, avec l immense desert du Taklamakan au centre. De ma fenetre, j apercois pas mal de chameaux, des collines sculptees par les vents a la maniere des roses des sables, qui me rappellent enormement les bardenas espagnoles et, au loin, quelques hautes chaines de montagnes aux sommets encore enneiges. Je me delecte d avance d aller trainer ma roue dans ces paysages !
Ma halte a Urumqi, capitale de la region, immense ville chinoise classique (facile a parcourir mais bruyante et sans interet) est l occasion de faire le visa pour le Kazakhstan puis d etendre a nouveau mon visa chinois qui se termine le 12 mai, pour avoir le temps de visiter la region avant le passage au Kazakhstan. En attendant le visa  (3 jours), je parcours la ville avec Laurent, un francais qui attend aussi le visa kazah, et decouvre un peu la culture ouighour. Cette ethnie descendant des turques, musulmane, envahie plusieurs fois par les chinois, n a rien d asiatique, c est assez bluffant en Chine. Les marches sont tres animes, riche en odeurs et en couleurs, on y vend d innombrables epices, fruits secs, brochettes de mouton succulentes, grillees devant vous sur des barbecues. Voila ce qui m attend durant un mois au Xinjiang puis en Asie Centrale, j adore !

Finalement, tous mes plans tombent a l eau le jour ou je recupere le visa kazakh. Ils se sont trompes sur la date d entree dans le pays, ecrivant le 7 au lieu du 25, et du coup, mon visa commence le jour meme, pour un mois. Impossible de leur faire reconnaitre leur erreur, je dois me resigner … A ce moment, je pense encore etendre le visa chinois et passer 15 jours ici, quitte a rester moins longtemps au Kazakhstan. Mais c etait sans compter sur l extreme sympathie de mes copains du PSB. Une fois toutes les pieces necessaires fournies (photos, photocopies, formulaire, etc …), j apprends qu une extension de 15 jours me coutera le meme prix que pour 30 (bon, soit) et qu il faut compter une semaine d attente ! Il m a fallu 20 minutes a Shangrila pour la premiere extension ! la femme en discute avec son chef qui a l air vraiment tres tres con, et me sort la phrase qu il ne faut surtout pas me sortir : « money is faster ». Je recupere illico mon passeport et prepare aussitot ma fuite de ce pays qui me laissera vraiment peu de bons souvenirs … On est le 7 apres midi, je dois quitter la Chine au plus tard le 12 et je suis a 650km de la frontiere kazakh …

Apres avoir envisage de foncer tete baissee a velo, je prends finalement un bus de nuit pour Yining, a 90 km de la frontiere. J ai bien fait, la route etait assez montagneuse, souvent execrable, je n aurais jamais pu arriver a temps et ca m aurait fait mal de devoir payer une amende cote chinois … La encore, je me suis bien pris la tete avec les chauffeurs du bus et les flics chinois pendant 30 minutes, ils voulaient me faire payer un supplement pour le velo alors qu au guichet on m a affirme que c etait bon. Autant entre Kangding et Chengdu j avais reussi a ne pas payer ce supplement fictif en faisant appel a un flic, ce qui avait rendu furieux le chauffeur, autant ici, les flics se rangent du cote des chauffeurs. Que faire quand tout le monde se ligue contre moi, sinon payer et fuir au plus vite ce pays ?  Le trajet se passe sans encombre, j arrive a Yining a 7h40. Un peu grogui entre les nuits precedentes ou j ai mal dormi avec mon voisin ronfleur et cette nuit de bus, je pense me poser dans un hotel pas cher en attendant l ouverture de la frontiere lundi (fermee le week end). Je parcours la ville pendant 3h, tous les hotels me refusent. Dans le dernier, je paie pour une chambre, je commence a monter mes bagages a l etage quand le gerant me rattrape et me dit : « desole mais finalement c est pas possible, je n ai pas le droit d accueillir les etrangers ». Je remballe et prends la route de la frontiere, je camperai devant le guichet pendant 2 jours s il le faut ! Finalement, a 15 km de la frontiere, je debarque dans une petite ville ou je trouve ou dormir apres avoir bien bataille (le seul hotel que j ai trouve propose des chambres ultra cheres et comme d habitude, ils me disent que c est le seul hotel de la ville ….), aide par un chinois sympa (c est aussi rare que les eclipses solaires mais ca existe :p). Le soir, il viendra me chercher pour aller manger des brochettes et boire du cidre dans un boui boui ouighour. Super chouette !

Ce passage au Turkestan oriental aura ete tres bref et frustrant. J aurais vraiment aime decouvrir un peu plus les ouighours et leur culture. Comme pour le Tibet, les chinois sont de plus en plus nombreux et tentent de faire disparaitre toute trace de cette culture, meme si ce n est pas dit officiellement. Je vous conseille de lire la page Wikipedia sur le Xinjiang pour vous faire une idee des saloperies dont les chinois sont capables, comme les essais nucleaires massifs.
 
Apres 2 mois passes en Chine, je peux vous dire qu il faut avoir la foi en ce qu on entreprend et avoir de l energie a revendre pour ne pas etre decourage. Un bon pays pour se forger un caractere et un moral d acier, moins pour rencontrer des gens … dommage. A vrai dire, j ai passe l essentiel de ces 2 mois dans des regions ou les chinois ne sont pas l ethnie majoritaire (Tibet et Turkestan), et heureusement ! Jamais de ma vie je ne m aventurerai plus a l est, si je dois revenir un jour en Chine se sera exclusivement pour le Tibet, le Xinjiang et la mongolie interieure (autre region dit « autonome »). Peut etre que d ici la, ces regions auront recuperees leur independance. On peut toujours rever !

Prochains mois : visite de l Asie Centrale : Kazakhstan, Kirghiztan, Tadjikistan, Ouzbekistan, Turkmenistan ! Ca promet une belle aventure riche en rencontres et en paysages de reve 🙂

A bientot !

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Carnet de route du Tibet

dimanche 17 mai 2009

Pour ceux que ca interesse (parce que c est long et parfois pas forcement interessant a lire), voila mon carnet de route de Dali a Chengdu. Comme il y a quelques passages memorables, je l ai mis en ligne. Parfois sous forme de note ou de phrases pas francaises (la fatigue … :p), ces recits sont sans doute bourres de fautes. Desole si ca vous fait mal aux yeux 😉

(Pour les etapes, « M.o.N » signifie « Au milieu de nulle part », ca correspond aux bivouacs).

Jour 146 / 31.03.2009 / Dali – M.o.N (dizaine de kms avant Jianchuang)

En avant pour Lijiang ! Gros p’tit déj avec le pain de mie et la confiture poire-mangue, tout en papotant avec mon pote de chambrée, un anglais de 58 ans, toujours entrain de plaisanter (mais je comprends pas toujours :p). Je le retrouverai surement dès demain à Lijiang.

Dès aujourd’hui, j’étraine la feuille de route de Fred Ferchaux. Ca rendra le trajet plus facile (j’ai les infos des cols, des points d’eau, des coins pour camper, etc …) mais pas moins passionnant, c’est sur ! Les 80 premiers kms sont pratiquement tout plat, mis à part un mini-col de +100m, dans une vallée agricole, où pas mal de monde bossent dans les champs. Dans la matinée, je sens l’aillet frais qui vient d’être récolté.

Aujourd’hui, c’est aussi ma première étape de pluie. Pas une pluie diluvienne, mais une légère bruine intermittente. Je suis content de pouvoir étrainer aussi ma veste imperméable qui joue parfaitement son rôle. Je n’ai pas trop chaud avec, elle me protège efficacement du vent et de la pluie, le top.

Après 80 km, petit arrêt repas puis j’attaque le col de la journée, +550m sur 10 km. La montée est irrégulière, avec des faux plats rapides et des portions assez raides où j’utilise fièrement mon pignon 34 dents 🙂 Pas de difficulté particulièrement pour cette montée, si tous les cols sont de ce niveau, ça devrait aller. S’en suis une descente avec quelques remontées, où je croise un groupe de gamins et leur instit (je suppose), qui deviennent tout fou en me voyant. Ils me crient « hello », « ok », se marrent tant qu’ils peuvent, courrent à côté de moi. J’adore ces moments là ! Enfin je retrouve de vrais enfants, pleins de vie. Même les adultes sont souriants, me font quelques gestes ou répondent à mes « ni hao ». Ils restent assez discrets et timides, mais rien à voir avec ma traversée du Yunnan.

Aprés quelques hésitations en voyant le ciel noir, je décide quand même de camper au milieu de la descente. Comme prévu sur la feuille de route, je trouve un coin bien discret, au milieu des pins (ou sapins, j’ai pas vérifié :p). Une fois installé, je suis surpris par un faisan qui décolle juste devant ma tente. Ca fait un de ces bruits ! Un peu plus tard, je l’entendrai repasser au dessus de ma tente. S’il y a des animaux sauvages, c’est qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de passages humains. Chouette !

Jour 147 / 01.04.2009 / M.o.N (dizaine de kms avant Jianchuang) – Lijiang

Comme prévu, cette nuit il a plu mais ce matin je bénéficie d’une belle éclaircie me permettant de remballer les affaires au sec et de profiter de la vue dans la vallée.

Je termine la descente vers un village qui fait plutôt petite ville, très allongé le long de la route puis file vers Jianshuang sous la pluie. Cette fois, il pleut assez fort, je prends donc une soupe revigorante à Jinshuang pendant que 2 dames chinoises me font la conversation. Elles s’inquiètent pour ma santé avec ce temps, mais je les rassure en leur montrant mon équipement.

Bien réchauffé, je file vers Lijiang mais surtout vers un col à prés de 3000m. Il pleut encore mais il ne fait pas trop froid. La route est relativement plate, elle m’amène à 2400m au début du col. Au croisement, tout droit Shangrila par une belle route, à gauche Lijiang par une voie apparemment bloquée, qui serpente au milieu des batiments désaffectés. Hum ? C’est bien par là ? Je demande à une vieille dame qui me confirme que oui, énergiquement.

En route pour une belle montée jusqu’à 2975m ! Dès le début, je ressens les effets de l’altitude, j’ai le souffle un peu court, mais je monte. Désormais, le brouillard est bien présent si bien que je ne vois plus grand chose, tout juste à 10m devant moi … En revanche, personne sur la route, un régal ! Seul pendant 2h dans un brouillard poisseux et sous la pluie, ambiance fin du monde garantie ! Tout prés du col, le brouillard se dissipe et me voilà quelques années en arrière, en Ecosse en plein hiver. De longues étendues rousses et blondes, une végétation assez rase, suis-je vraiment à 3000m ? Je serai encore plus bluffé en voyant une dizaine de paysans, cultiver d’immense champs. Vraiment rien à voir avec les 3OOOm pyrénéens !

Comme cadeau de bienvenue, 3 chiens me foncent dessus. Un bon entrainement pour plus tard. Je saute du vélo, me planque derrière et crie de toute mes forces « couché ! ». Les 2 plus gros sont calmés, mais comme souvent, il reste le petit casse couille qui va rameuter tous les chiens du coin. Quelques cris supplémentaires en levant le bras un caillou à la main et il ne bouge plus. Il continuera à aboyer pendant un bon km.

Le ciel est un peu trop chargé pour que j’apercoive la chaine de montagne entourant Lijiang mais je me fait quand même plaisir dans la descente. Ca file jusqu’à Lijiang où aprés 1h à chercher un hotel pas trop cher, je tombe sur David, le vieil anglais rencontré à Dali. Il m’accompagne à l’AJ (auberge de jeunesse) où je prends la carte internationale à moindre frais, permettant d’avoir un prix réduit pour chaque nuit dans une AJ officielle du monde. Cela me sera utile pour la suite, surtout en Europe !

Jour 148 / 02.04.2009 – 03.04.2009 / Lijiang

Comme d’hab, promenade dans la vieille ville, très mignonne et vraiment bien restaurée. C’est évidemment ultra touristique mais comme ce sont en très grande majorité des touristes chinois, je n’y vois que du feu. Et puis la ville est tellement charmante que cela ne me dérange pas du tout.

Tentative d’extension de visa au PSB, pas possible. Comme à Xiaguan, je dois la demander 3 jours avant l’expiration du visa … Cela me laisse le temps d’arriver à Shangrila du coup.

J’hésite à m’équiper un peu mieux pour la pluie et le froid mais je n’arrive pas à connaitre la réelle qualité des produits que je vois, ce sont tous des copies de grandes marques telles que North Face ou Columbia. Je préfère ne rien prendre que de me trimballer du matos merdique qui va m’encombrer. Je me contente donc de 2 paires de chaussettes épaisses, pour l’aprés-vélo. Advienne que pourra !

J’avais prévu d’explorer la zone vers le Yulong Snow Moutain que j’aperçois de Lijiang, sublime sommet enneigé du haut de ses 5500m, mais il faut payer 120 Yuans (15€) pour rentrer dans la zone. Etant contre le principe de faire payer l’accés à des sites naturels, surtout quand le droit d’entrée finit dans la poche de quelques corrompus, je me contente de l’observer d’ici.

J’aurais probablement pu ne rester qu’un seul jour à Lijiang mais j’ai le temps pour rejoindre Shangrila (visa oblige), j’en ai donc profiter pour lire la notice de mon appareil photo. C’est fou ce qu’on peut apprendre d’un manuel 😀

Jour 149 / 04.04.2009 / Lijiang – Qiaotou

Un p’tit peu la flemme de partir, j’aimais bien la compagnie de David, des filles de l’AJ et de leur petit chien toujours entrain de vouloir jouer (pour le plus grand malheur de ces deux potes adultes). Mais bon, une longue route m’attend encore.

Je galère pour sortir de la ville, seules les rues sont indiquées sur les panneaux. Aprés quelques kilomètres, j’arrive à récupérer la route par laquelle je suis arrivé. Ce coup ci, je continue tout droit au croisement, direction Zhongdian. Je motive des jeunes pour qu’ils pédalent au lieu de pousser les vélos et hop, ils me suivent presque jusqu’en haut ! On papote un peu.

Du haut du col, je vois toujours le Yulong Snow Moutain, tout enneigé et dans les nuages. La descente est superbe, avec de belles vues sur les eaux turquoisees du Mékong et sur le pic enneigé. Dommage que le temps soit nuageux.

Ca descend très longtemps puis une route up and down m’amène à Qiatou, en longeant le Mékong. Ici c’est le début des gorges, je dois m’acquitter de 50 Yuans. Je me pose à la première guesthouse en vue, Jane’s GH, 10 Yuans, pas cher. Le (ou la, je ne sais pas trop) gérant est sympa mais un peu collant, il aime bien me toucher …

Jour 150 / 05.04.2009 / Qiaotou – Walnut grove

Pfiou, il pleut encore aujourd’hui … Je m’étais posé à Qiaotou pensant profiter au max des gorges aujourd’hui mais c’est raté. Je traine au lit espérant une amélioration mais à 10h je me décide de décoller, au moins jusqu’au début du col. Je prends le p’tit déj avec ces demoiselles dont une qui à l’air de se prendre un saxo par le gérant (mais en chinois, donc je ne comprends pas grand chose). Au menu, pain et thé tibétain (thé avec du lait salé). Je reste papoter un peu vu que ça fait plaisir au gérant puis je file quand même à 11h, sous une légère bruine. Il m’a filé  des mandarines, des noix de cajous et d’autres trucs à manger, super gentil. Son chien par contre est super casse couille depuis hier, toujours à courir dans mes pattes, j’ai bien envie de l’envoyer valser dans le Mékong …

La route est bien sympa, d’abord assez fréquentée par des gros bus puis rapidement elle devient étroite, empêchant au gros bus de continuer ! Génial ! Elle est plutôt en bon état, avec quelques passages en piste mais rien de méchant. Cela monte pratiquement non stop pendant 20km pour arriver à Walnut Grove. Je prends bien le temps d’observer les gorges, de plus en plus haut, c’est bien sympa.

Comme je suis parti tard et que le temps n’est pas encore terrible, je me pose à Walnut Grove, aprés seulement 23 km. J’espère toujours pouvoir profiter d’un super temps demain. S’il pleut toujours, tant pis, je fonce vers Shangrila. Je suis au pied du col de 22km pour 1100m de dénivelé positif. Il va falloir avoir la pêche demain matin !

Soirée super sympa, j’ai discuté pendant 2 bonnes heures avec un américain aux airs irlandais (roux avec un bonnet vert) qui vit quelques mois à Shangrila et qui a énormément voyagé, notamment au Tibet. aux Etats Unis, il bosse dans une communauté de 7 personnes qui s’intéressent à tout ce qui touche à l’environnement et à la production de legumes bio.

Jour 151 / 06.04.2009 / Walnut grove – Bashuitai

Oh non ! Il pleut encore à 7h30 … Tant pis, il faut quand même que j’avance, je ne vais pas rester éternellement à attendre le soleil. Un p’tit déj à la GH en papotant avec les autres touristes (dont 2 norvégiens qui font un tour de malade en 2 semaines : Shangrila – Lijiang – Chengdu – Xining – Lhassa – Pékin, le tout en train/avion sans trop se poser de questions … Ca doit faire 10.000 km facile …) puis j’attaque cette longue route, au sec, la pluie s’étant arrêtée.

Je croise rapidement une fille de la GH qui rejoint Bashuitai à cheval. Je me demande bien par où vu la profondeur des gorges et les falaises plutôt escarpées cela risque d’être majoritairement par la route. Très rapidement, je vois les rayons du soleil qui viennent se refléter ça et là, dans une végétation encore toute humide aprés une belle nuit de pluie. Plus j’approche de la fin des gorges, plus je le devine. Ca y est, il est là ! Le soleil m’irradie de sa douce chaleur alors qu’il flotte dans un pur ciel bleu ! Waouh, c’est parti pour une journée de folie !

Toute la journée, les décors sont d’une beauté à couper le souffle (alors que j’en ai bien besoin :p). Dès la sortie des gorges, je me retrouve dans un plateau aride, aux couleurs rousses, bordé par des pics abrupts à plus de 4000m et toujours surveillé par le Yulong Xueshan et le Haba Shan, tout 2 majestueux dans leur belle robe blanche. Un seul mot me revient sans cesse à la bouche : waouh !

J’attaque la montée du col tout feu tout flamme, en tee shirt, profitant à chaque instant de ce beau temps. La montée n’est pas si rude que je le pensais, mais quand même bien longue. Le passage dans la vallée suivante me livre de nouveaux paysages, toujours aussi purs et aériens. La profondeur et l’immensité des vallées donnent le vertige sur cette route en corniche !

Aprés une brève descente de quelques kms jusqu’au village d’Haba, je dois regagner aussitôt l’altitude perdue pour franchir un second col. Le vent s’engouffrant dans cette vallée est assez fougeux, quand je le prends de plein fouet en sortant d’un virage, il me freine net ! En montagne, la puissance des éléments de la Nature est démesurée. L’eau dévale les falaises à une vitesse vertigineuse pendant que le vent se joue de vous avec une facilité déconcertante.

Ce second col est le début d’une longue descente vers Bashuitai, encore un moment magique. Les mots viennent difficilement devant de tels décors mais les émotions sont bien là. Je suis aux anges ! Les jambes commencent quand même à donner quelques signes de fatigue, alors aprés avoir manger un bout, je reste dormir à Bashuitai, aprés 70km de route, principalement de montées.

Quelle belle journée !

Jour 152 / 07.04.2009 / Bashuitai – M.o.N

En me réveillant, j’ai peur d’entendre la pluie … mais une fois la porte ouverte, j’ai droit à un bon levé de soleil sur les monts enneigés, et un super beau temps ! J’avale un plat de riz, je papote un peu avec de jeunes touristes chinois plutôt sympas et par à l’attaque des nombreux cols de la journée.

Le premier m’amène de 2380m à 2910m sur 16km. Montée agréable au sein d’une vallée boisée (comme toute la journée). Puis je redescend de 200m pour les remonter de suite. C’est parfois difficile de redescendre pour remonter mais c’est la loi de la montagne. S’en suis une bonne descente, un peu trop raide, qui m’amène à 2570m alors que je dois remonter à 3410m !

Le soleil est bien là, je commence à avoir les bras un peu rosé. Hop la crème solaire, j’avale une tasse de nouilles instantanées et à l’attaque ! Montée assez rude, avec de bons pourcentages, mais j’y arrive et j’en suis tout content. Je passe un col qui est 200m plus haut que le Vignemale (plus haut sommet pyreneen francais), c’est quand même énorme ! Je redescend de plus belle jusqu’à un petit village où je peux manger une bonne assiette de riz, j’en avais bien besoin ! Comme j’ai absolument envie de camper dans cet environnement, je commence la montée du dernier col avant Shangrila, qui va jusqu’à 3570m. Je m’arrête à 3330m où je trouve un coin agréable pour camper, avec vu sur les pics enneigés. Il est quand même visible de la route mais je ne pense pas que l’on vienne m’embeter.

A part ça, ben je vais voir si je suis suffisamment équipé pour passer une nuit à plus de 3000m vu qu’il me faudra en passer à plus de 4000 :p

Jour 153 / 08.04.2009 / M.o.N – Shangrila

Nuit plutôt fraiche et légèrement délirante, probablement l’altitude. Je suis pas mécontent de voir le soleil apparaître. Malin comme je suis, je n’ai pratiquement plus d’eau et rien à manger à part des soupes instantannées. Alors je pli bagage et j’entame la fin du col, étape qui me semble être une formalité aujourd’hui.

Ca monte tranquille, réchauffé par le soleil, je suis tout content. A l’approche du col, le vent se met à souffler assez fort et je ressens les effets de l’altitude, j’ai du mal à avancer et le souffle court. Pfiou, dur dur ! La descente est du même acabi : vent de face, mains congelées, ça rigole moins … J’ai quand même le privilège de voir les premiers yaks et les chiens de troupeau, aussi gros que les patous, ça calme !

Je longe une route bondée de maisons tibétaines, très massives. Je croise quelques paysans, tibétains ou chinois, je ne sais pas, toujours est il que je comprends très rapidement que la vie est rude ici. Cultiver une terre à plus de 3000m, avec le climat qui va avec et les outils rudimentaires, c’est pas rigolo tous les jours.

J’aperçois les premiers chevaux des vents, ces célèbres ribambelles de morceaux de tissus colorés que l’on retrouve beaucoup au Tibet, principalement en haut des cols. Dans le même esprit, les paysans et leurs troupeaux portent des décorations. Les yaks « chef » (je suppose) portent des espèces de tresses, les chiens de beaux colliers colorés et les humains, des tenues qu’on croieraient de cérémonies.

Au bout de 20 km, je tombe au beau milieu de nulle part, sur un village tibétain éco-touristique authentique unique au monde, en carton pate, avec des chinois qui jouent aux tibétains. C’est l’occasion de manger des nouilles instantannées récupérér de l’eau chaude et un yaourt bien frais ! Pfiou, ça fait du bien ! Mais bon, je ne m’attarde pas trop sur scène, je continue la route. Pas facile mais aprés quelques pauses lait chaud, j’arrive à Shangrila, où je trouve une GH déserte au fin fond de la vieille ville.

Jour 154-156 / 09.04.2009 – 11.04.2009 / Shangrila

Pas grand chose de special : equipement pour le froid, courses, velo, glandouille.

Je rencontre Marco, un vrai italien tres expressif, tenant un bon resto et qui m aide a chercher un sac de couchage. Apres plusieurs coups de fil, impossible d en trouver un a Shangrila … Tant pis, je vais voir Kevin, un ami a lui, americain tout aussi expressif, qui tient un magasin d equipement outdoor, velo, moto, etc … Super sympa, il me vend un de ses sacs a viande en polaire personnel (le terme « sac a viande » designe un sac fin, souvent en coton ou soie, que l on insere dans un sac de couchage pour gagner quelques degres) et me donne pas mal de conseils pour la route. Belles rencontres.

La suite de  la route sera peut etre delicate, le Sishuan est ferme aux touristes, va falloir la jouer fine.

Jour 157 / 12.04.2009 / Shangrila – M.o.N

Ca y est, je quitte Shangrila ! je me prepare tranquillou, je n ai que 70km a faire aujourd’hui, avec pas mal de descente. Je vais manger une soupe de nouilles fraiches, super bon ! Puis j attele le velo, avec l aide du jeune gerant. Meme s il ne parlait pas anglais, je commencais un peu a m attacher a ces lieux, avec les 2 chiens bien sympas aussi.

Route tranquille dans une vallee boisee, belle montee, belle descente, sur du goudron. Ce n est qu au debut du premier col que la piste debute. Pas grand monde, je suis tout content, je discute avec les vaches.

Jour 158 / 13.04.2009 / M.o.N – M.o.N

Nuit relativement bonne, un peu humide, en me levant je vois du givre sur la tente. Petit dej avec le rechaud qui tousse puis je me recouche pour me rechauffer, en attendant le soleil. J ai prevu d atteindre le debut du col 4326m et de monter un peu.

Mais avant ca, il faut finir la grimpette jusqu au col 3915m ! Belle route en lacets, qui monte gentillement, sous un beau soleil. Comme d hab, des que j atteins une nouvelle altitude, je commence a peiner, mais je franchis le fameux col et passe sous les drapeaux tibetains. Belle vue dans la nouvelle vallee, je file sur une piste en preparation de goudronnage jusqu au hameau ou je mange. Je ne sais pas si c est la brusque descente mais j ai chaud a la tete et suis bien fatigue.

Je continue la route dans la vallee pour rejoindre le debut du col. Je tombe sur un petit hotel tibetain ou je m installe et dors comme une enclume.

Jour 159 / 14.04.2009 / M.o.N – XiangCheng

Bonne nuit bien au chaud, bon ptit dej a cote de la famille tibetaine (eux mangent tsampa et the au beurre de yak) et zou ! a l assaut du col ! Le debut est dur, j ai  les jambes lourdes, mais des qu elles sont chaudes, j avance ! Montee bien  longue (22 km) mais superbe, au coeur d une vallee boisee ou meme les arbres sont poilus tels les yaks. Passage du col sous les drapeaux tibetains attaches a un stupa et je mange un bout a cote de blocs de glace. Courte descente puis dents de scie interminables entre 4000 et 4200m pour atteindre le col suivant a 4200m. Qu il m aura donne de la peine celui la ! Une fois franchi superbe descente au milieu de paysages enneiges puis aux couleurs automnales avec en vue le fond de la vallee et la suite de la route. Waouh !

S en suis une nouvelle montee en corniche, moins sournoise  puisqu en 5 km, je passe de 3600 a 3800m. dernier col franchi, vue a couper le souffle ! 1200m plus bas, la vallee de Xiangcheng avec ses belles demeures tibetaines eparpillees dans une vegetation verdoyante, domine majestueusement par quelques pics enneiges. Descente d anthologie de 26 km pendant 1h ! Le bonheur !

Quelques dents de scie a 2600m pour rejoindre Qingmai puis les 10 derniers km d ascension pour arriver a Xiangcheng. Ils seront vraiment dur, plus de force dans les jambes, mais sacree etape de fou que je referai avec le plus grand des plaisirs.

Jour 160 / 15.04.2009 / XiangCheng

Xiangcheng est un ancien village tibetain transforme en petite ville chinoise ou pullule des chinois. On se croierait dans n importe quelle ville chinoise si ce n etait le cadre et les quelques demeures tibetaines restantes. Pour detruire une culture et tente de palement l imiter a des fins touristiques, les chinois sont tres forts. Mais jamais ils ne tromperont le voyageur aguerri, un monde separe les chinois des tibetains, beau peuple fier de ses origines, le regard petillant, un sourire accueillant, une sincere humanite qui se degagent de ses boutchous aux joues rosees aussi bien que de ces femmes et hommes.

Jour 161 / 16.04.2009 / XiangCheng – M.o.N

C est parti mon kiki ! a l assaut du col 4725m ! Je pli bagage fissa et pas mecontent de quitter cet hotel crade (surtout les toilettes …) et je retourne dejeuner au meme endroit qu hier. 2 bols de lait de soja bien chaud, 7 long beignets bien gras, miam !

Les 30 premiers km sont plutot en dents de scie, un peu comme la forme. J ai pas la peche aujourd hui, les roulements de plus en plus uses n arrange rien. J arrive quand meme au debut du col ou je me pose pour manger et ecouter quelques chapitres de Candide a l ombre (j ai recemment decouvert les livres audio, c est pas mal). je somnole un peu puis me decide a repartie en plein caniar legerement vetu. Ca grimpe sec, rarement en dessous de 5% mais la forme est revenue. je roule un peu plus de 2h pour remonter a 3800m (j etais a 2760m) sur une route en corniche donnant de magnifiques vues sur la vallee. Superbe aprem !

J installe le camp au bord d une riviere et je file m y laver. Etre a poil a 3800m entrain de se laver en pleine montagne, c est genial ! Je me repose un peu, toujours en ecoutant Candide, je mange et des le soleil derrier la montagne, je vais dans la tente, toujours pret a affronter une eventuelle nuit bien froide. Je regrette un peu de ne pas avoir un bon duvet, ca m aurait permis de rester un peu plus dehors, d etre plus libre dans les itineraires. Mais pour un premier voyage, c est tres bien !

Jour 162 / 17.04.2009 / M.o.N – M.o.N

Superbe nuit ! Meme pas froid, a part vers les 5h du mat, mais pas mechant. Je pli et en avant pour la montee. 8km pas tres raide me mene dans une vallee ou je trouve des especes de bergeries en bois et terre, et d ou j apercois la suite de la montee … brrr ! Il reste un sacre morceau !

Les vues s enchainent, un vrai plaisir ! Je monte bien jusqu aux alentours de 4500m ou je commence a avoir bien du mal …. Les 5 derniers km me paraissent interminables, un bon mal de tete me prend, je ressens bien l effet kisscool de l altitude.

Je m accroche, je lutte, je garde patience. J apercois les banderolles ! J y suis ! 4725m ! Je prends quelques photos mais ne traine pas trop, j ai la tete qui va exploser … Petite descente, puis remontee progressive sur 2.5km dans un paysage lunaire, sur de la tole ondulee. Un vrai bonheur avec le mal de tete. J arrive au debut de la vraie descente vers Shangdui ! Superbe descente meme s il me tarde d etre revenu a une altitude plus supportable, 3940m, Shangdui.

Superbe village tibetain ou je ne vois pratiquement que ces maisons chateaux et quelques yaks, si on oublie le poste de police et l unique resto, chinois. Juste quand j arrive, une centaine d enfants tibetains sort de l ecole. Tres chaleureux, toujours morts de rire quand ils me voient. Un flic chinois me demande le passeport. 3 fois en 300km, on se croierait en Irak ! Je mange un bon bout puis j hesite a continuer ou rester ici. Le mal de tete a disparu pratiquement instantanement a Shangdui. Je souffle une bonne heure et me decide a rouler un peu pour camper plus loin. Bien m en prend, je trouve un petit coin de paradis bien cache, herbe fraiche, sol nickel, au bord de l eau et des montagnes. Chouette ! Premiere nuit a plus de 4000m !

Jour 163 / 18.04.2009 / M.o.N – M.o.N

Mauvaise nuit, j ai eu 2 gros coups de diarhee qui m ont force a sortir cul nu, frontale sur la tete, par 5 degres. J ai pris quelques medocs, puis vers 4/5h, j ai eu bien froid. Probablement parce que je n ai pas mange hier soir + la diarrhee.

Du coup, ce matin, je suis tout vaseux, je fixe l horizon, aguard, je n ai meme pas faim. Que faire ? Rester ici une journee en faisant un saut a Shangdui prendre quelques provisions supplementaires ? Tenter d avancer un peu plus en cette belle journee ensoleillee ?

Je dejeune en mangeant un quart d une soupe de noodle et un the sucre, donc 3 fois rien, je pli bagage et je m elance pour les 710m de denivele sur 30km.

Les 10 premier kms se passent bien, rythme super peinard mais je me sens quand meme tout vaseux, puis peu a peu, je sens mes forces me lacher … Au bout de 18km, stop ! Je pose le velo, je me trouve un coin pour me poser et je fais cuire le riz qu il me reste. A plusieurs reprises, je crois tomber dans les pommes …  Je mange 2 cuilleres et je m endors ou je me trouve, entre herbe et rochers. 30 min de sieste, je remange un peu plus de riz et je reprend la route, toujours aussi vaseux. Les jambes font tourner les pedales tant bien que mal, le souffle est court et bruyant, jusqu ou vais je pouvoir aller ? Devant moi, j ai 3 cols a 4600m, dur dur !

J ai du mal mais j en apprecie enormement les paysages lunaires et l ambiance. Seul dans ce plateau vallone, pas un bruit (sauf quelques chiens furieux mais attaches, ouf !). La neige commence a tomber tres legerement. Apres dure lutte, je franchis le premier col. Cela me donne un coup de boost impressionnant. Bon, je n attaque pas le second col a 35 km/h, grand plateau a la Armstrong, mais je me sens mieux. Le second col est une formalite, je redescend de 75m pour en remonter 35. S en suis une superbe descente me menant sur un autre plateau immense, avec une seule maison tibetaine au bord de la route. J y rencontre 2 gamins super jovial et souriants. Puis apparait devant moi le TuerShan, col a 4650m, soit 265m plus haut que ma position actuelle. J en vois les lacets qui me font fremir mais je sais que derriere le col c est une descente sur 30 km ! La montee est dure, de nombreuses pauses bonbons et eau, mais j y arrive ! J en hurle de joie ! J etais comme un zombie ce matin mais j ai reussi a aller chercher l energie au fond de moi pour y arriver !

C est parti pour une splendide descente, dans une vallee glaciaire, puis a travers un immense plateau type grand canyon. A un moment, je traverse un troupeau de yaks au milieu de la route. Je fais pas le malin ! C a l air tres doux mais de belles cornes aussi !

La traversee du plateau est prodigieuse, de nombreux troupeaux paissent jusqu a l infini, les nuages tachetent d ombres les montagnes erodees et arides, et une route de 4/5 km traverse tout ca en ligne droite. Fabuleux !

Ici, les chiens ne sont pas attaches, certains arrivent ventre a terre, lances a toute allure, ca fout la trouille ! Je me jette du velo que je mets entre le chien et moi, un cri animal du fond des tripes et ils se cassent. Pas temeraires et heureusement !

Apres un raidillion sorti de nulle part, j arrive dans la vallee de Jiawa. Toujours une splendeur, avec quelques maisons tibetaines dispersees, les collines ocres, des petits canyons. Trop beau !

Arret checkpoint police, puis je passe le village de Jiawa pour aller camper quelques km plus loin.

Ces derniers kms sont assez ereintants mais je trouve un coin pas trop mal. Encore une journee de folie ! Quel magnifique Tibet !

Jour 164 / 19.04.2009 / M.o.N – Litang

Grasse mat’ jusqu a 8h30 puis en dejeunant, un voisin tibetain vient me rendre visite. Il est bien curieux et inspecte tout ce qui depasse de la tente. Il est venu chercher des petits sapins pour les replanter ailleurs. J apprends mon premier mot tibetain. « tachidele » qui veut dire bonjour, bonne chance, etc … Un mot bien sympathique. C est la dessus qu on se quitte, au bord de la  route vers Litang. Fin d ascension pas difficile mais un peu fatiguante pour les jambes qui sont a 2 doigts de faire greve. J arrive a la fameuse ‘ShagaShan’, montagne sacree pratiquement recouverte de banderolles. Un bout de papier vient finir sa course contre ma roue, je le garde en souvenir.

Belle descente qui me mene sur l immense plateau de Litang, que j apercois au loin, a 10 km. Fin d etape en roue libre, tranquillou. J y croise un chinois en panne a velo, les rayons tous torsades, les pneus recousus au fil de fer et une entaille de 5 cm dans la chambre a air arriere. Waouh ! Il ne se demonte pas et se fait une enorme rustine avec une seconde chambre a air, elle aussi dans le pneu !

A Litang, concert de klaxons, poussiere, bruits … Que ca fait mal apres ces quelques jours dans la montagne …

Jour 165 – 166 / 20.04.2009 – 21.04.2009 / Litang

De belles maisons tibetaines, un ‘quartier’ tibetain, vivant mais calme, un beau monastere en travaux et des gros cons de chinois. Pas possible de prendre un bus pour Kangding vu que je suis un laowai (etranger), alors en route a velo !

Jour 167 / 22.04.2009 / Litang – M.o.N

Apres 2 jours de repos, je retrouve mon velo pour rouler vers Yajiang puis Kangding. Ca fait un bien fou ! Je quitte Litang, sans heure ni compteur, a l attaque du premier col de la journee : 6% sur 7km ! En fait, la journee sera assez facile, malgre le relief, tous les decors sont beaux. Paysages lunaires, monts tout peles entierement deforestes. De nombreux ‘tachidele’ me motiveront.

Apres 75km de route, je trouve un bon coin de bivouac entre 2 cols. Demain ca devrait etre pepere jusqu a Yajiang.

Jour 168 / 23.04.2009 / M.o.N – M.o.N

Beau lever de soleil de ma tente mais difficile de sortir du lit ! Debut difficile, ca grimpe pas mal pendant 30km avec quelques descentes malgre tout. Aujourd hui, j ai dit plus d insanites envers les chinois que dans toute ma vie … Leurs coups de klaxon incessants et leur maniere de conduire me rendent fou !

Belle descente de 36km / 1200m de denivele pour arriver a Yajiang, coincee entre 2 cols a plus de 4000m. J y mange et essai de prendre un bus jusqu a Kangding. Pas de gros bus mais un minivan pour 50 euros. Un bon eclat de rire que le chauffeur ne comprend pas et je continue a velo. Faux plat de 24 km puis debut du col sur 10 km, pour un bon bivouac discret. Demain, rude journee jusqu a Kangding mais je peux le faire !

Dans les vallees boisees, les couleurs d automnes sont belles.

Jour 169 / 24.04.2009 / M.o.N – M.o.N

Belle nuit, j attaque ce rude morceau de col en pleine forme, 6% sur 13 km ! Je mouline pepere sans notion de temps ni de distance, je n ai plus de compteur. Et finalement, c est pas plus mal ! Au bas du col, j apercois tous les lacets jusqu au sommet ! Mais comment vais je monter la haut ?? A vrai dire, on ne se rend pas compte a quel point on prend vite de l altitude meme a 5-6 km/h. Rapidement, on se retrouve perche sur de hauts lacets et on contemple la vallee en disant : ‘waouh ! il y a une heure j etais la bas !’.

Montee spectaculaire qui m a bien plu. S en suis un peu de faux plat descendant puis … un autre col ! Aie, c etait pas prevu ca ! Finalement, pas mechant, peut etre 100m sur 2 km, puis c est le sommet. Quelle vue ! Du haut du col, j apercois tout au loin la chaine enneigee du Gongga Shan, culminant a 7556m ! Cela me laisse bouche bee ! Puis c est parti pour une descente de 1000m de denivele jusqu a Xinduqiao. Sur la fin, la route devient mauvaise, du caillou broye sur une piste gondolee. Je mange un bout a Xinduqiao ou je me fait presque engueuler parce que je n ai pas compris la somme en chinois. he ho papi ! calmos un peu ! Je me casse de cet endroit malsain, a l attaque d une piste horrible ! Le remake d il y a un mois ! C est plat, j avance comme un escargot, mais j avance. Quelques chiens viennent jouer a qui va mordre les mollets en premier mais ils font vite demi tour. J avoue que caillasser ces chiens est un bon moyen d evacuer la rage envers les chinois que j ai en moi. Enfin, heureusement pour eux je les rate avec mes cailloux de 3 kg …

Sans aucune info de distance, je ne sait plus trop ou j en suis. Kangding ce ne sera pas pour ce soir, la route est bien trop pourrie. Mais je lutte pour avancer le plus possible, une rage profonde de quitter ce pays au plus vite me donne une energie folle !

Pres d un ruisseau, alors que le vent de face n a fait que forcir depuis Xinduqiao, je n ai plus de force … Je pousse le velo pendant quelques kms puis je cede, je camperai ici, a la vue de tous, et tant pis pour la police, je saurai les accueillir ! (le camping sauvage est interdit en Chine, sauf en prevenant la police des endroits ou on campe …).

Je m installe et 10 minutes apres, grosse tempete et averse de grele  ! J ai eu du flair sur ce coup la !

Jour 170 / 25.04.2009 / M.o.N – Kangding

Nuit appocalyptique ! Orage furieux, innombrables eclairs, pluie, vents violents ! Bon test pour la tente, elle resiste 🙂 Mais je ne faisais pas le malin … Cela  m a rappele une nuit irlandaise sur un terrain de rugby 😀 Je ne traine pas trop pour arriver tot a Kangding.

La route pourrie qui ne devait durer que 43 km durera … jusqu a 5 km avant Kangding !

J arrive au debut de la veritable montee pour ce dernier col tibetain. Il est sous la neige, dans le brouillard et un bon vent de face en protege l acces. Meme pas peur, j attaque cette rude montee dans un merdier sans nom … Le froid me saisit, le manque d energie m assome … Waouh, c est rude !

Apres une dure lutte, j arrive en haut et j attaque la descente. Un vrai bourbier ! Le goudron a completement disparu, laissant place a un champ de guerre, de la boue partout, de grosses ornieres … tout ca dans le froid et le brouillard. La moitie des vehicules montant sont en panne. Des bus sont coinces au bord de la route, le regard frigorifie des touristes chinois contraste avec mon etrange surexcitation a descendre a fond la caisse ce parcours du combattant. Je double tout le monde, fait quelques sauts involontaire, je me sens voler sur ce terrain pourri, invicible a la chute ! Je me fais quelques frayeurs mais je rigole bien. je klaxonne en hurlant « TUUUUUT » a chaque vitre ouverte, et je continue, hilare, ma chevauchee. L effet de l altitude ? Je ne sais pas mais je me suis bien eclate !

A Kangding je met une heure a trouver un lit, tous les hotels sont complets ou ne veulent pas d etranger … J ai reussi a acheter un ticket de bus pour Chengdu, mon evasion est proche !

Jour 171 / 26.04.2009 / Kangding – Chengdu

Je file rapido a la station de bus pour etre sur de pouvoir mettre le velo dans la soute. Pas de souci, il y a de la place. Comme je m y attendais, le chauffeur essai de me raqueter de quelques euros alors qu il m a regarde les mains dans les poches, lutter seul pour glisser le velo en soute. J appelle un des flics de la station et tout rentre dans l ordre, je monte dans le bus sans supplement a payer alors que le chauffeur s en va, furieux. Le trajet se passe bien, mais arrive a Chengdu, le chauffeur se venge, il me balance velo et bagages sur un trottoir. Je l engueule comme il se doit mais il s en fout … Qu est ce qu’ils peuvent etre cons ces chinois …

Chengdu est une immense ville de 4 millions d habitants .. Ca va etre dur de trouver l auberge de jeunesse. Par chance, en deconnant avec tout le monde (c est mon jeu favori, discuter avec tous les chinois que je croise mais en francais, ils ne comprennent rien, ca me fait bien rire :D), je rencontre 2 jeunes etudiants en roller qui parlent anglais. Ils m amenent gentillement a l auberge. Premiers chinois sympas que je rencontre en 1 mois et demi de voyage ! Waouh, ca se fete !


Tachidele !

mardi 5 mai 2009

En voilà un mot merveilleux. Il veut à la fois dire bonjour, bon courage, bonne route, le « que la force soit avec toi » tibétain, que l’on ne cesse de me crier le long des routes ou dans les villages, et qui me propulse sur la route tel un ouragan de joie de vivre. Quel beau peuple ! Dans chaque village, les enfants courrent dans tous les sens en rigolant, certains viennent me pousser dans les côtes quand ils voient que j’ai du mal, ils débordent de joie de vivre, avec leurs belles petites frimousses aux joues rosées, la morve au nez et le sourire sur les lèvres.

Les adultes ont ce regard fier et pleins de courage, signe d’un peuple qui, malgré son extrême minorité face à l’envahisseur, ne se laissera jamais marcher sur les pieds. Les anciens laissent transparaitre une vie difficile, de dur labeur dans des champs perchés à plus de 3000m, à affronter un climat rude avec les moyens du bord.

La couleur est omniprésente au Tibet, que ce soit dans les vêtements traditionnels, sur les maisons ou dans les nombreuses farandoles de bouts de tissus imprimés de prières, suspendues aux montagnes sacrées, aux monastères, aux stupas et même en haut des cols.

Au Tibet, tout est démesuré. Les montagnes n’en finissent plus de grimper dans les nuages, les routes ne sont que longues montées panoramiques puis descentes vertigineuses, les demeures feraient pâlir de jalousie les châteaux du moyen âge par leur grandeur et leur solidité, les yaks impressionnent autant que les chiens de troupeaux, aussi imposants que les patous des Pyrénées ! Sans parler du coeur des tibétains et de la beauté de la Nature, qui m’ont particulièrement ému pendant cette traversée.

Difficile que d’exprimer ses émotions à travers des mots et des images. Quelques soit mes efforts pour approcher au plus prés de la réalité, ils ne remplaceront jamais un voyage dans cette contrée. Venez juger par vous meme 😉

Cette traversee m a progressivement amene au coeur de hautes montagnes a plus de 4000m (4725m pour le col le plus haut), etonnement boisees sur la premiere portion du parcours, puis plus minerales par la suite et enfin totalement deforestees sur la fin. Ce fut court une (vingaine de jours) mais intense, chaque franchissement de col me laissant entrevoir un spectacle de plus en plus grandiose, les effets divers de l altitude venant pimenter le tout. J ai beaucoup aime etre la plupart du temps tout seul perdu dans cette immensite, a pouvoir bivouacquer presque n importe ou, meme si du coup, je n ai rencontre que peu de tibetains. Le visa chinois etant tres court compare a la taille du pays, je serai contraint de revenir pour approfondir la visite de ce magnifique Tibet. Dur dur la vie 😉

Une fois n est pas coutume, je me suis arrache les cheveux pendant plusieurs jours pour arriver a vous concocter une video. J espere que vous l apprecierez 😀

Apres ces quelques mots sur le Tibet, je ne peux vous quitter sans vous faire partager une de mes citations preferees du Dalai Lama, toujours simples mais tellement vraies.

Les Hommes …

Parce qu’ils perdent la santé pour accumuler de l’argent,
ensuite, ils perdent de l’argent pour retrouver la santé.

Et à penser anxieusement au futur,
ils oublient le présent de telle manière qu’ils finissent par non vivre, ni le présent, ni le futur.


Ils vivent comme si ils n’allaient jamais mourir…
Et meurent comme si ils n’avaient jamais vécu.

A mediter 😉


Shuangjiang – Dali : le retour du goudron … et des camions :-)

dimanche 29 mars 2009

Jour 11 / 22 mars 2009 / Shuangjiang

Repos ou pas repos, telle est la question ? Je suis réveillé par la désormais célèbre musique qui entraine ces adultes de bon matin à faire quelques pas de danse. Cela me rend tout zen et de bonne humeur, je vais finalement rester un jour de plus ici, au milieu des montagnes à regarder le spectacle quotidien de cette place.

Comme d’habitude, je commence la matinée par une visite de la ville, qui m’exaspère un peu plus quand je vois le comportement des chinois à mon égard. Pas un seul bonjour, par contre ils me regardent comme un animal de foire, n’hésitant pas à appeler leurs copains/copines à l’intérieur pour venir voir le spectacle. Pour leur faire comprendre que parfois c’est lourd d’être constamment épié, je fais pareil. Je m’arrête et les fixe du regard, en restant neutre. Ils comprennent vite et retournent à leurs occupations. Encore, si leur curiosité était accompagnée d’un salut amical ou d’un sourire, ça ne me poserai aucun problème, mais là, ils restent de marbre, c’est vraiment bizarre.

Je ressors un peu plus tard pour aller sur Internet. Au premier passage dans le cybercafé, je dis « Internet » avec le sourire, la fille qui tire une tronche de six pieds de long me fait signe que non de la tête … Ah ouais, et ils font quoi les gens ici alors ? Brrr ! Ca m’énerve ! Je marche un peu puis fait demi tour. Faut pas déconner, on va arrêter de me prendre pour un con. Je retourne au cybercafé, prêt à m’énerver s’il le faut mais j’accèderai à Internet. Par chance, ce n’est pas la même fille, même si elle est tout aussi agréable et souriante que la première, mais au moins je peux utiliser l’ordi.

A midi, je mange un bout dans un petit resto, toujours en allant montrer les ingrédients en cuisine. Aujourd’hui, carottes sautées et choux bouillis, avec du riz. Ca me va plutôt bien. J’hallucine de jour en jour de voir les gros problèmes de communication des chinois vis à vis des étrangers. Peur, timidité, parano, mépris, indifférence, sadisme de nous voir perdu dans cette nouvelle culture ? Je me demande bien ce qui les rend comme ça mais on ne peut pas dire qu’ils soient particulièrement agréables. Dès la moindre incompréhension, tout se bloque chez eux et ils disent non systématiquement … Et quand je pose une question, j’ai l’impression d’être un prof au collège, tout le monde se cache …

Je termine la soirée par un nettoyage du vélo avec les moyens du bord (quand j’ai demandé un jet d’eau pour nettoyer on m’a renvoyé un non bien ferme et sans équivoque), un p’tit tour de la ville à vélo pour manger quelques bouchées (pate à pain peu cuite, ou pâte de riz, renfermant une farce succulente), prendre une bière locale (de Lancang, aussi transparente que l’eau, bière chinoise oblige) puis glandouiller, impatient d’en découdre avec la montagne demain matin, jusqu’à Lincang.

Jour 12 / 23 mars 2009 / Shuangjiang – Lincang

Je décolle vers 8h30, sur un magnifique goudron ! Que c’est bon ! P’tite montée de mise en jambe, ça redescend un peu et me voilà 20km plus loin à Mengku, début du gros col de la journée. Effectivement, je grimpe pendant 27km mais à de faibles pourcentages et sur une route vraiment top, un vrai bonheur ! La majorité de la montée se passe dans une forêt de pin, puis, une fois passé le col, je me retrouve au beau milieu de plantations de thé ou de tabac, je ne sais pas trop. Ca descend sur une petite dizaine de km pour remonter de plus belle et redescendre jusqu’à la jonction avec la route venant de Simao (route que j’aurai pu emprunter en partant de Jinghong). Ouf, le plus dur est fait, 62 km au compteur. je m’arrête manger dans un resto, comme d’hab, p’tit tour dans la cuisine, bons petits plats, je me régale et je repars. Ca remonte un peu avec le vent dans la figure mais pas plus de 10 km, aprés, c’est que du bonheur ! Une descente jusqu’à Lincang ! Voilà une étape comme je les aime, affronter la difficulté le matin et finir en roue libre par une belle descente.

Sentier dans une forêt de pins

Sentier dans une forêt de pins

Plantations de tabac (ou de thé, je ne sais pas ...)

Plantations de tabac (ou de thé, je ne sais pas ...)

Lincang est une ville comme les autres, plutôt grande mais sans aucune particularité. De ce côté là, le Yunnan m’aura pas mal déçu. Hormis ses paysages typiques, le reste n’est pas vraiment intéressant et il n’y a absolument rien à visiter lors des jours de repos … Vivement que j’arrive à Dali pour voir de beaux monastères tibétains !

J’aimerai camper un peu plus car l’accueil dans les hotels est exécrable mais c’est vraiment difficile sur cette route où chaque bout de terrain est cultivé … Je vais quand même tenter le coup les prochains jours, avant d’arriver à Dali.

Jour 13 / 24 mars 2009 / Lincang – Yunxian

Au p’tit déj je finis les restes de riz d’hier soir. Je m’en suis encore mis plein la lampe entre les différentes bouchées et les plats avec le riz, j’ai roulé jusqu’au lit. Encore une fois, je n’ai pas bien dormi, les lits sont trop durs, j’ai l’impression d’être sous la tente sans mon matelas … Résultat : j’ai mal au dos et je suis bougon. Pas pour longtemps, la route descend pendant … 45 km ! Mais comment est ce possible, j’étais à peine à 1500m et Dali se trouve à 2000m ? Peu importe, ça descend tout doucement, idéal pour une étape où l’on est pas motivé. Ensuite, cela remonte sur 20 km, avec d’aussi faibles pourcentages que la descente, donc ça roule plutôt bien. Puis je finis par 20 nouveaux kms de belle descente rapide (50-60 km/h) qui me mène à Yun Xian à midi. Ca ira très pour aujourd’hui !

Je fais un tour dans la ville à la recherche d’un hotel dans un endroit sympa mais ça n’existe pas dans une ville chinoise. Alors je tente ma chance dans un qui a l’air assez à l’écart de la circulation.

– ni hao !
– pas de réponse
– room ?
– gloussement
– mime de dodo
– oui, c’est 60Y
– ok, can I see ?
– gloussement
– mime de celui qui veut voir
– gloussement
– ok bye bye

et je me casse de cet endroit où on aime bien se foutre de moi de toute évidence. Après tout, s’ils ne veulent pas faire d’efforts pour comprendre leurs clients étrangers qu’ils aillent se faire voir, pour rester poli.

J’avance un peu et voit un resto où je pourrais manger un bout.

– ni hao
– pas de réponse
– mime de celui qui veut manger
– oui, 28 Yuans (normalement, je paie entre 10 et 15)
– ok, bye bye

Prochain boui boui, je m’approche, elle tire une gueule de six pieds de long, je me casse. Maintenant, je préfère manger de l’herbe et dormir sous la tente que d’être client de sales gueules comme ça !

A force, d’errer dans la ville, je découvre un hotel à l’abri du bruit (mon premier critère de choix), géré par une fille charmante et qui semble bien plus futée que ces consoeurs adeptes de la bébète-attitude. En plus c’est pas cher, c’est propre, et chose extraordinaire en Chine, tout fonctionne ! Marché conclu !

Je file ensuite sur le net, puis me balader en ville à la recherche d’une superette pour acheter quelques biscuits pour demain. J’en profite pour prendre des bouchées, le repas du soir et aussi une demi pastèque énoooooorme que je finirai demain matin.

Aujourd’hui j’ai récupéré le récit de Fred Ferchaux sur la route Chengdu – Lanzhou. Je file le lire de ce pas, se sera sans doute la seconde partie de mon périple en Chine, avant de rallier Pékin par le train.

Jour 14 / 25 mars 2009 / Yunxian – quelques part dans les montagnes

Debout à 4h40, impossible de me rendormir, bizarre … Alors je déjeune, je trainouille à regarder le curling à la télé (faut vraiment ne pas pouvoir dormir :D), et je pars tôt, vers 7h45, une fois le jour bien levé.

Toujours autant de badaux dans les rues, alors je fais pareil, au moins ça les fait rire. Aujourd’hui je m’attends à rattraper l’altitude que j’ai perdu hier, il faudra bien que j’arrive à 2000m à Dali. Effectivement, je commence par une interminable montée sur 38 km (avec quelques courtes descentes, je l’avoue), sans trop l’envie de rouler, et avec une accumulation de fatigue physique trop importante. J’ai vite mal aux jambes et au cul, je multiplie les arrêts comme cela ne m’était jamais arrivé. Mais je grimpe, c’est le principal.

Toujours la route 214 ... en meilleur état ;-)

Toujours la route 214 ... en meilleur état 😉

Comme toujours, les belles vues de plus en plus plongeantes, dans la vallée, me motivent et agaillent ma matinée. J’ai dû passer quelques tunnels, sur un trottoir en hauteur, frontale vissée sur la tête. Cela m’oblige à pousser le vélo mais quand je vois à quelle vitesse ils passent là dessous, je préfère …

Un bon tunnel de 3 km

Un bon tunnel de 3 km

Au bout de cette longue montée, alors que ma super carte Nelles m’anonçait le début d’un col pas très loin (ce qui me faisait un peu peur vu ce que je venais de monter, mais pas impossible), je traverse un nouveau tunnel et voit un panneau « 23 km de descente » ! Waouh ! Je vais encore me régaler ! Mais il faudra de toute façon remonter tout ça juste après.

Vue dans la vallée

Vue dans la vallée

La belle montée

La belle montée

La descente est magnifique, avec des vues sublimes dans plusieurs vallées profondément encaissées, où l’on voit à perte de vue, les montagnes sculptées jusqu’à une altitude assez impressionnante. Tout ce spectacle est bien sûr dominé par quelques bons pics imposants, dont un culminant à 3300m ! (Plus haut que le Vignemale !). Rien que pour ça, ça valait le coup d’en chier ce matin.

Au bout de la descente, j’ai faim et je n’ai croisé aucun resto boui boui … Juste avant le tunnel précédant le pont, marque de la fin de la descente, se trouve un stand de bananes où j’ai l’impression qu’ils servent des soupes de pâtes. Je m’arrête alors qu’une des dames me hélait déjà de la route pour que je lui achète un coca. Niet !

Vue sur le Mékong

Vue sur le Mékong

Descente jusqu'au pont

Descente jusqu'au pont

Je montre le bol et je suis plutôt surpris par la préparation qu’entame la cuisinière. Un peu de gelé transparente, un peu de gelé beige, une petite dizaine d’épices, de sauces, etc … et voilà ! Arf, qu’est ce que je vais manger encore … Pas le choix, c’est commandé, faut y aller. Ca va, ça passe, c’est assez frais mais je n’ai aucune idée de ce que c’est 😀 Avant de partir, je prends quand même quelques bananes à la première dame, ça peut toujours servir.

Je passe le tunnel, puis le pont, et attaque un nouveau col, celui annoncé sur la carte Nelles. Il fait bien chaud cet aprém, et j’ai vraiment plus de jus … Je lutte un peu pour avoir un peu moins à faire demain mais au bout de 12 km de montée, je passe devant un hotel de bord de route (ceux pas cher mais suffisamment confortables) et je m’arrête là pour aujourd’hui.

Costauds les paysans (et paysannes) chinois !

Costauds les paysans (et paysannes) chinois !

J’ai l’impression qu’il est tenu par des femmes chinoises musulmanes, car elles portent toutes un voile sur la tête, et le logo ressemble à une mosquée avec une écriture arabe. En tout cas, l’accueil est très sympa, pour une fois ! Je m’installe, une douche chaude (il suffit d’aller dans des petits hotels pour trouver l’eau chaude vu que dans les gros ça marche 1 fois sur 10 …), un bon petit repas (riz, patates frites, aillets, tomates, oignons), un bon thé chaud et je commence à somnoler. Je rentre à ma chambre en marchant en crabe et me vautre sur le lit pour 2 bonnes heures de sieste ! Ca fait un bien fou ! Comme plusieurs fois depuis quelques jours, j’ai mal aux jambes quand je dors, surement trop de fatigue accumulée, je vais souffler une semaine à Dali. De toute façon, j’aurais de quoi visiter entre Dali, Lijiang et Zongdhian.

Je crois que pour le reste de la soirée, je ne vais pas faire long feu et retourner dans les bras de morphée.

Jour 15 / 26 mars 2009 / Dans les montagnes – Midu

Réveil tranquille à 6h, j’ai juste à faire mes sacoches et à espérer pouvoir manger un peu ici avant de partir. En sortant, je découvre un chinois dans un lit sur la terasse, entrain de dormir. Il a dû se geler toute la nuit ! Une des dames est debout, elle me prépare une bien bonne soupe de pâtes et un thé brulant. Idéal pour se rechauffer avant de partir, ça caille ce matin !

Début de route tranquille, c’est relativement plat. Je m’arrête assez vite acheter de l’eau, on n’est jamais trop prudent. Dans la minuscule échoppe où je me suis arrêté, je vois 2 dames acheter des galettes de pain cuites dans les braises. Elles sont toutes chaudes (les galettes bien sûr !) alors je me laisse tenter. C’est bien bon, avec un zeste de confiture de figues maison ça aurait été top !

Je dois être dans la vallée de la bonne humeur, ici les gens sont agréables ! Ils répondent à mes « ni hao ! », ils sourient, m’encouragent, ça me donne la pêche. Comme quoi, c’est pas si dur d’être poli ! Bon, les routiers sont toujours aussi … bruyants, mais peu à peu, j’arrive à les ignorer.

Il y a quelques chose de vraiment surprenant chez les chinois qui klaxonnent. Hormis les routiers qui font mumuse ou les bourrins en 4×4 qui ont peur d’être pertubé dans leur trajectoire idéale, les autres le font tout en restant aussi immobiles dans leur véhicule qu’un moine en pleine méditation. Pas un regard, pas un signe de la tête ou de la main, juste un coup de klaxon, avec en bonus, une gueule de six pieds de long. On croyait presque que ça vient d’ailleurs…

Une fois les 15km de montée avalés, je traverse un tunnel de 2.6km en pédalant, avec le coupe vent fluo et la frontale derrière, pas de souci. S’en suis une descente de 26 km, puis une longue route en fond de vallée, plutôt descendante, qui me mène jusqu’à Nanjian, puis Midu. A 30 km de l’arrivée, le vent s’est levé, un peu tout fou, il soufflait dans toutes les directions. Ca m’a un peu ralenti mais ce n’était pas bien méchant.

Ce soir, aprés quelques heures sur internet à papoter, je me suis arrêté manger des raviolis fraichement préparé juste avant que j’arrive. Un délice ! Pendant qu’ils cuisaient, j’ai pu admirer le cuisto entrain de faire des spaghettis frais à la main. Il a le coup de main !

Jour 16 / 27 mars 2009 / Midu – Old Dali

« Love, love midu » disaient les Beatles. Je n’en dirais pas autant, alors je file vers Dali. Hier, deux interrogations subsistaient : avec tout ce que j’ai descendu, à quelle altitude suis-je ? vais-je devoir grimper pendant 50km pour arriver à Dali qui culmine à 2000m ? Puis, quelle est la véritable Dali, Xinguang alias Dali Shi qui est énorme, ou bien Dali, toute petite une grosse dizaine de km plus loin ?

Pour la première question, je trouve finalement sur internet que je suis à 18OOm. J’ai du mal à le croire, je suis impatient de voir le profil de la route 214 pour avoir une idée de l’altitude à laquelle je suis monté. Pour la seconde, Xinguang est New Dali (à ne pas confondre avec New Delhi :p), une ville encore plus grande que Jinghong, ressemblante à toutes les villes chinoises, puis Dali que l’on voit un peu plus loin sur la carte n’est autre que la vieille ville de Dali, beaucoup plus petite mais plus typique.

Hormis les camions et bus qui s’était passé le mot pour klaxonner comme des abrutis aujourd’hui, l’étape fut agréable. 15 km dans la vallé de Midu, très construite, pour arriver au début du col qui va me mener dans la vallée supérieure, celle de Dali. Ca ne monte pas méchamment, et en plus la route est à flan de montagne, je peux voir de plus en plus loin dans la vallée ! Arrivé vers 2400m, j’aperçois une route qui monte au moins 400m de plus … Heureusement, ce n’est pas par là que je vais ! Je traverse un village où j’ai failli me faire bouffer un mollet par un sale chien bien sournois. Alors qu’il me voit de loin, il reste sur le bord de la route, imitant à la perfection le chien blasé et tout gentil. Puis, quand j’arrive à 2 mètres de lui, il sort les crocs et me poursuit dangeureusement prés … Je gueule comme un fou pour le faire abandonner ! Je m’arrête quelques mètres plus loin pour ramasser un caillou et lui balancer sur la gueule, c’est pour tous les chiens qui m’ont poursuivi ! Aprés 26 km de montée, je passe dans la vallée de Dali et entame la descente. Alors que dans l’autre vallée j’ai vu pas mal de forêts de pins, ici c’est plutôt des champs de blé tantot verts tantot dorés, pas désagréable à l’oeil 😉

Col menant à la vallée de Dali

Col menant à la vallée de Dali

Alors que j’ai déjà parcouru 45 km, je débarque sur une large route (2×3 voies), bordées d’énormes industries et qui me semble interminable tant le concert de klaxons et les gros nuages noirs sortant des pots d’échappement m’agressent. Les chinois auraient des routes de 2×10 voies, je pense qu’ils trouveraient quand même le moyen de klaxonner … Enfin, 60 km au compteur, j’arrive à New Dali. Je visite un peu, cela ne me donne pas envie de dormir là. Alors je mange quelques bouchées et une soupe de nouille, super bon comme d’hab, et je file vers le PSB (La police de l’immigration chinoise) pour essayer d’étendre mon visa. J’apprends qu’il faut que je me pointe 3 jours avant l’expiration du visa pour l’étendre, pas moyen de le faire en avance … Mais ce n’est pas forcément pareil dans les autres villes, il se peut qu’à Lijiang, 200 km plus loin, je puisse l’étendre. Quelle bande de boulets …

Tant pis, je continue mon chemin vers Old Dali, alors que les gouttes commencent à tomber. Je fais la course avec un gros nuage noir … et je gagne, juste à temps. Old Dali est le Luang Prabang chinois, une vieille ville certes très jolie au petit matin, mais faite pour les touristes, avec pleins de boutique pour occidentaux, tout écrit en anglais et où tout y est bien plus cher qu’ailleurs. C’est pas un coin pour moi … Je me pose dans une guesthouse où ils ont des outils pour réparer mon vélo (Cycling Dali ça s’appelle !). Ce soir je souffle et dès demain je remet en état le vélo (quelques ennuis depuis la route pavée), je fais quelques provisions et aprés demain, je file vers Lijiang (qui risque de me faire le même effet que Dali, mais bon, c’est ça le tourisme de masse). Ce soir, je me fais un pote. Le chien du proprio, adorable, qui m’accompagne dans mon rapide tour de la ville, vu qu’il pleut des cordes ! Obligé de lui filer un bout de mon cher cookie, je suis tellement content de rencontrer un chien sympa 🙂

Rue de Dali

Rue de Dali

Une des portes de la vieille ville

Une des portes de la vieille ville

Façade typique des maisons

Façade typique des maisons


Menghai – Shuangjiang : les rizières de l’enfer

dimanche 29 mars 2009

Jour 7 / 18 mars 2009 / Menghai – Lancang / 147 km

Me voilà parti vers Lancang, à plus de 100km d’ici, mais je ne sais pas précisemment combien. Probablement que je camperai avant car ça à l’air de monter pas mal. Avant le départ, petite leçon de prononciation ! Menghai se prononce « Mungraï » et Lancang se dit « Lantsang ». Ca peut être utile pour demander son chemin 😉 Ces mots sont écrits en Pinyin, une transcription en lettres latines des idéogrammes chinois. Il y a quelques règles de prononciation que l’on trouve assez facilement, et avec ça on doit pouvoir arriver à bredouiller quelques mots, mais sans les accents toniques donc on n’est pas souvent compris … Par chance, pas mal de chinois lisent le pinyin, donc on peut toujours montrer sur la carte où on veut aller.

Mais revenons à nos moutons, l’étape commence par une pente de 5 km puis une descente tout aussi longue. Impeccable pour s’échauffer. La route continue au milieu des rizières s’étendant à perte de vue, où les agriculteurs sont en pleins travaux. La plaine est vraiment immense, avec les montagnes au loin, cachées par un léger voile de brume.

Premières rizières en terrasse

Premières rizières en terrasse

J’arrive à un croisement qui m’indique « Da luo » à gauche et « Menglun » à droite. Il y a comme un petit souci vu que sur ma carte, les deux sont à gauche et mènent à la frontière birmane. Je demande à un des flics controlant les voitures au croisement, qui me sort un charabia avec le plus grand sérieux (Ils n’ont pas l’air de savoir que tout le monde ne parle pas chinois …) puis semble m’indiquer la route à droite. A chaque fois que je demande mon chemin à quelqu’un, j’essai de me faire d’abord ma propre idée et voir si cela correspond. Dans ce cas précis, c’est ce que je pensais aussi donc j’y fonce.

Cette route se transformant peu à peu en piste, traverse un village qui ressemble à tous ces villages déjà traversés, de la poussière, du bordel, des ruines, rien qui n’attire l’oeil. Elle est en travaux, pas mal d’ouvriers se démènent pour la refaire. Encore une fois, chacun sa petite tâche, multiplié par un nombre importants d’ouvriers, ça avance vite ! Malgré l’espèce de gravier tassé, je trouve un bon rythme sur le plat. Cela continue comme ca sur une trentaine de kilomètres, avant de retrouver le goudron avec pas mal de nids de poule et de tas de sable au milieu, annonciateurs de futurs travaux.

Route en reconstruction

Route en reconstruction

Rizières comme je les imaginais

Rizières comme je les imaginais

vallée

vallée

A 11h30, j’arrive à Ninjao, un village sur la carte mais qui s’est pas mal étoffé depuis. C’est l’occasion de manger un bout avant d’attaquer la montée qui à l’air interminable. Je vais choisir en cuisine les ingrédients que je veux, puis le cuisto fait à sa guise. Je me retrouve avec une omelette, des tomates passées à la poele et des beignets de courgette. Trés bien ! Je repart dès 12h15, sans m’attarder dans ce resto où 2 chinois parlent super forts et me dégoutent à jeter leur os par terre …

Sur ces routes pas mal empruntées par la population locale, c’est toujours l’occasion de faire le guignol avec les gens ou les quelques vélos que je rencontre, à défaut de communiquer, au moins, on rigole. J’essai d’ignorer au maximum le passage des bus et camions qui klaxonnent pour un rien, et même parfois avec un certain plaisir de faire sursauter, juste quand ils sont à ma hauteur. Le conducteur chinois peut être très con lui aussi… En revanche, j’apprécie beaucoup les signes d’encouragement de quelques uns, qui lèvent le pouce 🙂

Aprés 60 km, une première ascension se montre. La route est à nouveau gravillonneuse mais rien de problèmatique pour grimper pendant 10 km. S’en suis une excellente descente sur 10km, avec une relative bonne route et pas un chat ! J’en profite ! Tout en bas, des ouvriers sont entrain de faire tomber des rochers d’en haut d’une falaise sur la route, donc elle est barrée quelques instants. Une fois le chantier terminé, un tracto-pelle nettoie tout et on peut passer.

Ca commence à bosser ici

Ca commence à bosser ici

Je roule à nouveau sur du plat pendant 10 km et me voici au pied de la montée qui devrait aller jusqu’à Lancang. J’ai déjà fait 90km mais il est assez tôt, je vais continuer encore un peu, quitte à m’arrêter prés d’une rivière que je devrais longer pendant un moment. Le tout début est en bon état mais devient vite en chantier. Au bout de 5 km, j’arrive sur une piste poussiéreuse et très étroite passant à flan de montagne. Je dois faire attention aux camions et les laisser passer. J’atteins ensuite sur une route pavée qui secoue pas mal, puis une route en cailloux qui secoue encore plus. Tout ça en grimpant, ça commence à m’user les fesses et les jambes. Mais bon, tant que ça monte, je continue, ça sera ça de moins à faire demain. Et puis, j’ai toujours en ligne de mire Lancang. C’est sans doute encore loin mais faisable vu le temps qu’il me reste et un bon lit me ferait du bien.

Aprés cette montée, me voilà à 100km et j’entre sur une piste faite de rochers saillants recouvert d’un espèce de talc ocre, parfois sur une vingtaine de centimètres d’épaisseur. Avec le traffic assez important de camions de chantier, autant dire que c’est un grand plaisir de rouler dans un brouillard permanent avec cette poussière qui s’infiltre partout, assèche les yeux et la gorge. Mais je me dit que ça ne peut pas durer trop longtemps, tout comme la montée. Erreur ! Je vais subir ça sur 40 km ! A un rythme oscillant entre 8 et 11km/h, j’en bave … Les jambes tiennent bons mais c’est dur de supporter ce chao, cette poussière, ce bruit … Pour la première fois du voyage, je découvre ce que c’est que d’être regardé comme un fou par les locaux. Les chinois sont bouche bée en me voyant passer au milieu des camions. Certains m’encouragent, d’autres restent sans bouger. Faut dire que ça fait un moment que je grimpe, bientôt je vais voir de la neige si ça continue !

début de la route poussiéreuse

début de la route poussiéreuse

Route pavée, qui monte, qui monte !

Route pavée, qui monte, qui monte !

Le vélo, en tenue de camouflage ;-)

Le vélo, en tenue de camouflage 😉

En fait, le pourcentage n’est pas important, donc je ne prends pas beaucoup de hauteur. Sauf à 25km de l’arrivée, où ça se met à grimper assez sec pendant quelques kilomètres, puis à alterner montées/descentes si bien que je me demande si j’arriverais un jour et si j’aurais droit à une belle descente. Il est 18h30, il commence à faire un peu plus sombre. Il doit me rester 1h de jour avant que ça ne soit risqué de rouler. Mais j’ai envie d’en finir avec cette piste, pas question de camper dans ce merdier ! Maintenant, une borne m’indique km aprés km l’arrivée. Cela m’aide même si la piste est toujours aussi pourrie. J’ai les yeux tout rouge, la gorge désséchée, les genoux qui parfois reste bloqués sans que je puisse continuer de pédaler. Sensation trés étrange …

motard sympa qui vient papoter juste avant la descente

motard sympa qui vient papoter juste avant la descente

En fin de journée, juste avant de descendre

En fin de journée, juste avant de descendre

aperçu de la vallée avant de descendre

aperçu de la vallée avant de descendre

Alors qu’il ne reste que 5 km d’aprés la borne, la descente commence ! Vu la piste, je ne roule pas bien vite, peut être à 25 km/h en vitesse de pointe, mais au moins les jambes se reposent. Quand je vois apparaitre la vallée, et donc le km 0 de la borne, je suis soudain inquiet. Il n’y a que quelques maisons, ce n’est pas Lancang ! Il est 19h. Je traverse le hameau en demandant s’il y a un endroit pour dormir. On me montre toujours la suite de la route de l’air de dire « plus loin » ou « dégage mon p’tit gars on ne veut pas de toi ». Sans doute la fatigue me fait ressentir les choses comme ça. J’avais rencontré 2 motards chinois qui me disaient aller à Menglang de l’autre côté des montagnes. Je continue la route, à nouveau sur le goudron, sans doute propulsé par mon envie de lit bien frais plus que par mes jambes qui veulent s’arrêter là.

Je fais 6km à 30km/h de moyenne, pour arriver enfin dans une ville qui s’appelle .. Lancang. Hum, je ne comprends pas vraiment où j’étais avant alors, mais peu importe, je saute sur le premier hotel de la ville, je m’installe, aidé par un gars de l’hotel, pour monter mes bagages au 5eme (sans ascenseur bien sur :p), une douche et je m’affale sur le lit jusqu’au lendemain matin.

Huuuum, c'est bon la poussière !

Huuuum, c'est bon la poussière !

147 km au compteur, 9h15 de pédalage, sacrée étape !

Jour 8 / 19 mars 2009 / Lancang

Vu la journée d’hier, aujourd’hui je récupère, j’entretien un peu le vélo et je lave les vêtements. Mais avant, je lis jusqu’à 10h au lit et ça fait du bien ! Première fois de l’aventure que je me lève aussi tard !

Je pars ensuite faire un tour en ville, de mauvais poil (normal, je suis fatigué :p). Je rentre dans un magasin acheté un truc à boire mais je suis suivi par 3 filles qui m’observent sans rien dire et me suivent de rayons en rayons comme pour voir si j’allais piquer un truc. Ca me rend furax, je leur dit « aller vous faire voir » et je sors du magasin. J’essai ensuite de trouver un cybercafé. J’en trouve un, aidé par un vendeur de téléphone portable, mais aprés quelques discussions, il me fait comprendre qu’il me faut le passeport et un policier. Hein ?? J’hallucine ! C’est quoi ce pays ?! Je lui dit « trop compliqué » et je m’en vais, avec un peu les boules.

Sur le chemin du retour, je trouve un super cybercafé où je peux regarder les mails et avoir accés à mon blog ! Youpi ! A midi, je vais finir le bouquin entamé, cela me détend bien, puis je descend nettoyer le vélo. Le gars d’hier me propose gentillement le jet d’eau, du coup ça va vite. Je répare le porte bagage avant qui s’était défait avec les secousses puis je repars sur internet mettre à jour le blog, pour mes très chers lecteurs 😉

Jour 9 / 20 mars 2009 / Lancang – Fuyong / 68 km

Aujourd’hui, je m’accorde une grasse mat’. Plus la peine de se lever à l’aube vu qu’entre midi et 14h il fait une température raisonnable pour rouler. Cela me laisse amplement le temps de rouler 6-7h sans me speeder, c’est déjà une belle étape.

Le début est vraiment chouette, une belle ascension de 18 km sur une route goudronnée en parfait état et avec quelques superbes vues dans les vallées. Je me régale même s’il n’y a pas vraiment de descente derrière, juste quelques kms. Puis, j’arrive à Munai, où je demande ma route à 2 gamins qui me scrutent de la tête aux pieds depuis quelques minutes alors que je mange un petit morceau. J’ai le choix entre une montée et une descente. D’aprés la carte, j’aurais tendance à prendre la descente mais eux m’indiquent la montée. Je préfère demander à un adulte et j’ai bien fait. En route pour la descente !

Rizières, de bon matin

Rizières, de bon matin

Elle ne dure pas longtemps, surtout que la belle route goudronnée se transforme en une infame route pavée à l’arrache … J’espère que ça ne dure pas longtemps mais je ne sais pas encore ce qui m’attend. J’arrive au niveau de la rivière que je franchi via un pont et de là commence une interminable montée de 30km vers Fuyong, sur une route désastreuse. Mon moral est mis à rude épreuve. Physiquement, je pourrais rouler encore longtemps, mais j’ai beaucoup de mal à avancer. A chaque mètre, la route me rentre dans le corps, les genoux, les fesses, les coudes, les poignets, le dos morflent, chaque coup de pédale est une souffrance de plus, j’ai l’impression d’être sur un marteau piqueur roulant qui grimpe une côte autour de 6% !

Descendre sur un bon goudron, c'est bon !

Descendre sur un bon goudron, c'est bon !

Route pavée et champs de blé

Route pavée et champs de blé

Route pavée dans la forêt

Route pavée dans la forêt

vallée de rizières

vallée de rizières

Les rizières en famille

Les rizières en famille

Encore une rizière

Encore une rizière

Peu à peu, je me réfugie dans un espèce d’état second où je m »efforce d’ignorer la douleur pour avancer. C’est la seule pensée présente à mon esprit, avancer ! Le corps devient une simple machine qui répète inlassablement le même mouvement pendant que l’esprit contient la douleur. Mais progressivement, cette barrière protectrice psychologique se fissure, et crier du fond de mes tripes me fait du bien même si on doit me prendre pour un félé. Plus j’avance plus je multiplie les arrêts, je n’en peux plus. Je sais que si je m’arrête là, j’aurais à continuer cet enfer demain matin, alors je me force à continuer, au moins jusqu’en haut de ce col. Mais à chaque virage, je découvre ce sentier des ténèbres qui n’en fini pas de grimper … Sur la fin, je ferais un arrêt tous les 400m tellement j’en ai marre. Mais une fois en haut, je trouve de l’eau, du coca et des petits pains au lait tout secs, que je trouve délicieux ! Je me pose un peu sur un banc dans le bled, je demande s’il y a un endroit pour dormir et on me dit à 3 km. Je viens de finir cette enfer de montée et j’aperçois le fond de la vallée tout au loin. Je n’ai aucune idée de l’altitude mais je dois être proche des 2000m. Même la descente est violente, mes genoux sont bloqués, je n’arrive plus à pédaler. Je pense avoir trouvé l’hotel local, je demande, c’est là ! Pas d’hésitation, je m’arrête là !

La belle montée en pavée !

La belle montée en pavée !

Il est 17h et je termine une étape qui restera longtemps dans ma mémoire. Pas difficile physiquement car si la route avait été goudronnée je me serai éclaté malgré le dénivelé, mais vraiment trés dure mentalement, je suis heureux de ne pas avoir craquer au milieu.

Un admirateur tout penaud

Un admirateur tout penaud

A l’hotel pour chinois (rien à voir avec les hotels classiques dit « pour étranger », c’est trés basique, pas toujours trés propre, mais amplement suffisant), qui coute 1€ la nuit repas compris, je m’installe, je prends une douche avec eau chaude dans une cabane et je vais dans le coin où on joue au carte et où on mange. C’est bourré de chinois qui rentrent du boulot, ils picolent pas mal mais ils sont super accueillants. Bien sur, ils me parlent chinois pendant 2h, je ne comprends rien, ils le savent mais on rigole. Au début j’ai un peu peur, chacun défile avec son verre de gnole locale et je dois trinquer à grands coups de « Campé ! » (vous vous souvenez 😉 ). Ils sont bien une vingtaine, je risque de ne pas être trés bien aprés ça :p Mais par chance, qu’une petite dizaine vient me voir (enfin, certains en redemande … et difficile de refuser vu leur enthousiasme). Je les regarde jouer aux cartes comme des fous, puis vient l’heure du repas que l’on partage tous ensemble. Chacun son bol de riz puis on pioche dans les grands plats de viandes et de légumes à sa guise. Ils m’auraient fait manger la moitié du boui boui ! J’ai beaucoup apprécié ce moment de partage, où la plupart sont venus papoter et rigoler, c’était chouette. A mon grand étonnement, à 19h ils sont tous parti vers un hotel à 20km de là. Ils ont insisté pour que je vienne avec eux mais pas envie de refaire mes bagages et de descendre 20km …

Finalement, je ne regrette pas cette étape, même si j’ai maudit la terre entière pendant presque toute la journée 😀 Et ça risque de continuer demain …

Jour 10 / 21 mars 2009 / Fuyong – Shuangjiang / 102 km

Changement de plan, je continue de me lever en même temps que le jour, cela me laissera le temps de bien souffler toute la journée. Ce matin, je n’ai pas grand chose à manger donc je suis vite prêt. J’ai un p’tit mal de ventre soudain, je fonce dehors dans le noir mais impossible de trouver les toilettes … tant pis, je vais me cacher derrière un arbre en bord de route. Juste avant de partir, la gérante de l’hotel a du me voir, elle me montre les toilettes …

Et c’est parti pour une nouvelle journée qui commence sur les pavés mais en descente. Au bout de 3 km, j’en ai déjà marre d’être secoué mais il va falloir faire avec pendant un moment. Cette descente dure 20 km. A l’arrivée, un petit plat puis …. du goudron ! Wouaaaaah ! Cela dure … 2 km puis, peu à peu, le goudron s’efface pour redonner place aux pavés pendant une bonne dizaine de km. Par chance, c’est plat, mais rien que l’idée que ça dure jusqu’à la prochaine grande ville me donne des frissons. Je m’arrête donc manger une soupe de nouilles dans un hameau, puis je remonte difficilement sur le vélo.

Belles rizières, de bon matin

Belles rizières, de bon matin

Descente dans la vallée

Descente dans la vallée

C’est vraiment à partir d’ici que le calvaire commence. Les pavés disparaissent plus ou moins pour donner place à une piste complètement défoncée, remplie de rochers saillants et de poussières. C’est toujours plus ou moins plat mais ça durera pendant 50 km ! Là j’en peux vraiment plus, je crie de rage, j’aurais tout cassé. J’avais envie de dire « stop, c’est bon, j’abandonne, prenez mon vélo, je rentre chez moi », mais malheureusement ce n’est pas comme ça que ça marche. Alors je hurle par moment, ça me calme. Je fais une bonne partie en danseuse, sur du plat, à 7 km, pour dire à quel point j’en suis rendu … Pour la première fois, j’ai envie de balancer le vélo dans le fleuve et rentrer chez moi, j’en ai presque envie de vomir de dégout. Ce qui m’énerve le plus c’est surtout la soi disant « meilleure carte de Chine » que j’ai et qui indique cet axe comme une route principale alors que même un chemin de boeuf est plus pratiquable … Alors que le moral est au plus bas, je pense soudain à m’arrêter me faire thé revigorant. Mine de rien, ça fait 5h que je suis parti, étape difficile ou non, ça ne fait jamais de mal de souffler. Ce thé me fera le plus grand bien et me donnera un peu de courage pour les kilomètres suivants.

une bonne route comme je les aime ... PAS !

une bonne route comme je les aime ... PAS !

Et ça continue, encore et encore ...

Et ça continue, encore et encore ...

C'est que le début, d'accord, d'accord ...

C'est que le début, d'accord, d'accord ...

Et pour en rajouter une couche, les gens ne sont pas vraiment agréables, ils ne répondent jamais quand je leur dit bonjour et les paysages assez quelconques (je passe la majeure partie de la journée au fond d’une vallée à longer un fleuve …) En regardant la carte, je vois un croisement à 80 km du départ, et je me fait à l’idée qu’à cet endroit, en traversant la rivière, la route risque de redevenir goudronnée. Par chance, je ne me suis pas trompé, je traverse le pont et voilà un bon goudron tout lisse ! Mais je suis tellement à bout que ça ne me fait ni chaud ni froid. Mon seul objectif c’est Shuangjiang pour prendre une douche, manger des fruits et dormir.

Avant ça, je me fais sauter dessus par des flics qui me demandent le passeport, où je vais, etc … Ca se voit bien, je suis un terroriste, je transporte des bombes dans mes sacoches. Enfin, au bout de 10 minutes ils me laissent partir. J’attendais le moment où ils allaient me demander des sous, chaud bouillant comme j’étais, ils auraient vite compris.

Aprés quelques centaines de mètres sur le goudron, je tombe sur un resto isolé. Je m’y arrête et suis agréablement accueilli par une charmante vieille dame qui me prépare un bien bon repas (courgettes poelées avec des piments, puis une soupe tomates fraiches et oeufs pochés, le tout avec du riz, bien entendu). Ca me requinque et me donne l’occasion de faire le vide pour attaquer le goudron en meilleure forme. Je parcours les 20 derniers kms comme je peux et arrive enfin à Shuangjiang. Je me pose rapidement, me douche, file chercher des fruits et quelques gourmandises trouvées sur la route. Je rentre me goinfrer de mandarines et de thé !

L’hotel où je suis donne sur une grande place qui est peu à peu investi par des enfants qui viennent faire voler les cerf-volants ou apprendre à faire du snakeboard, et par les parents qui ont l’air de répéter des danses en groupe. Ambiance détendue et très sympa à voir et danses bien rigolotes aussi ! hé ho, ils se moquent bien assez de moi sur la route ! 😉

Ca danse sur la place de Shuangjiang !

Ca danse sur la place de Shuangjiang !

Je me souviendrai longtemps de ces 3 dernières étapes !


Premiers tours de roue dans l’empire du milieu

dimanche 29 mars 2009

Jour 1 / 12 mars 2009 / une vingtaine de km

Après un peu de zèle du militaire lao qui nous aurait presque menacés avec son flingue pour qu’on pousse le vélo entre les deux postes frontière au lieu de pédaler, bienvenue dans le monde paranoïde des militaires chinois. Ici, ça ne rigole pas, leur paranoïa se lit dans leurs yeux. Dès mon arrivée, on me tend l’habituelle feuille entrée/sortie à remplir, puis on me confisque mon passeport de longues minutes pour vérification. Entre temps, une famille de cyclotrotteurs (parents et 2 enfants) arrivent et ont le malheur de dépasser d’un petit mètre la ligne rouge peinte sur le sol. Grand malheur ! « Vous devez absolument reculer d’un mètre et poser les vélos derrière », à l’air de leur dire le militaire, fermement et en chinois bien sûr, langue parlée, comme chacun sait, par l’ensemble de la Terre, voire de l’Univers (idée probablement communément admise par l’ensemble des chinois, vous comprendrez plus tard 😉 ).

Après un petit temps pour comprendre ce qu’il se passe, la famille s’exécute. Quelques instants après, rebelotte avec Bruno, qui avait crevé quelques centaines de mètres avant le poste frontière (j’ai été informé par un des enfants cyclotrotteurs qui me dit tout sérieusement « ton pote, il est crevé »).

Mon passeport est de retour, je peux faire la queue pour le tampon ! Arrive mon tour, le passeport est examiné page par page, à travers la lumière du jour (on ne sait jamais, si je transportais de l’anthrax caché dans une des feuilles …), puis vient au tour de la photo et de ma trombine. Il lui faut bien 2-3 minutes pour me reconnaitre … Apparemment, j’ai minci du visage, ce qui a provoqué autant d’hésitation. Puis viennent les questions, vous êtes de quel pays ? (ah, c’est pas écrit sur le passeport ?) vous allez où ? (au Tibet, tel Don Quichotte, libérer ces pauvres gens oppressés), vous voyagez avec votre vélo ? (non, je l’ai amené pour vous le montrer mais je le laisse à la frontière), etc …

Finalement, aprés 20 bonnes minutes, il me laisse passer. Que c’est risible !

Enfin, nous voilà en Chine ! Et plus particulièrement à Mohan, ville frontière plutôt propre, traversé par un très large boulevard fleuri où s’étale de par et d’autre pas mal de boutiques assez chic. Bien sûr, rien à voir avec les villes du Laos, ici tout est bétonné. C’est l’occasion de dévaliser une banque avant de prendre la route vers l’intérieur du Yunnan. Pour le premier jour, nous avons fait quelques kilomètres à la recherche d’un bon coin pour camper. Ce soir là, ce sera au bord d’un champ de poivrons, un légume qui se marie bien avec le riz et le curry 😉

Jour 2 / 13 mars 2009 / 48 km

Le lendemain, Bruno semble ne pas trop avoir la pêche, il voudrait se poser à Mengla, à 40 km d’ici. Ce qu’on fait, en parcourant assez rapidement la vieille route 214, sinueuse et vallonnée à souhait. Mengla est une ville assez importante (plus de 10 000 habitants), construite dans le même moule que l’ensemble des villes chinoises : de larges boulevards très propres avec des boutiques, puis, en retrait, des batiments en ruine, du bordel, de la poussière et de la crasse. Mais dans l’ensemble, la circulation est bonne et donc il est agréable de s’y balader à pied ou à vélo.

Je suis trés heureux de cet arrêt car j’ai le plaisir de voir arriver dans l’aprés midi, la famille de cyclotrotteurs avec qui je n’avais pu discuter la veille. En plus, ils logent dans le même hotel que nous ! On papote pas mal et on mange ensemble le soir, super sympa ! Je suis assez admiratif de leur expédition, voyager avec ses enfants ça doit être génial. Ils ont un système qui permet aux enfants de pédaler en toute liberté quand ils ont la forme, puis d’être attaché au vélo d’un des parents quand ça devient rude (et ça l’a été dans le nord du Laos !).

Jour 3 / 14 mars 2009 / 94 km

Un nouveau jour se lève et une nouvelle aventure commence. Bruno souhaite remonter vers Kunming, capitale du Yunnan, pour éviter les hauts cols tibétains alors nous nous séparons. Je reprend mon rythme solo un peu bourrin (Bernard, tu m’a contaminé !) et file droit vers Jinghong. Ici commence les routes de moyenne montagne, aux innombrables lacets, aux longs cols et belles descentes. Je me régale !

Après 80km dans la matinée, toujours sur la vieille route sinueuse, je m’arrête dans un village vraiment pourri et à moitié déserté (comme la majorité de ceux que j’ai rencontré dans le Yunnan malheureusement) pour manger. A part « mi fan » qui veut dire « riz », je ne sais rien dire d’autres, alors je les laisse improviser. Aujourd’hui ce sera du riz sauté avec des légumes, comme en Asie du Sud Est. La famille qui gère le resto s’assoie avec moi et commence à me parler en chinois. Ils ont très bien compris que je ne pigeais pas un seul mot mais continue, le plus sérieusement du monde. Ok, vous m’en voudrez pas, mais moi, je mange 🙂

Champs de maïs

Champs de maïs

la vieille route 214

la vieille route 214

Première vue sur la vallée

Première vue sur la vallée

Seconde vallée passée dans la matinée

Seconde vallée passée dans la matinée

Alors que j’allais partir, c’est l’heure de leur repas et ils insistent pour que je reste avec eux. J’attends donc un peu, on me donne un bol et on me le rempli plusieurs fois malgré mes signes disant que je n’ai plus faim, que mon ventre est bien rempli. Tout est plutôt bon mise à part cette espèce de bouchée où l’enveloppe ressemble à de la bave d’escargot … Curieux 🙂 Puis vient le tour de la fameuse eau de vie locale, qu’on veut d’abord me servir dans un verre 25 cl. Hé ho, j’ai encore de la route à faire ! Alors ils sortent le petit dés à coudre pour me faire gouter ça, pendant qu’eux l’avalent comme du petit lait. J’apprends à dire « Campé ! », le « à la tienne ! » local, qui me sera utile quelques jours plus tard.

Je file avant qu’ils ne soient trop éméchés, en les remerciant chaleureusement. Je camperais une grosse dizaine de kilomètres plus loin, au bord d’un fleuve.

Jour 4 / 15 mars 2009 / 83 km

Comme me l’avait raconté Michel au début de l’aventure, le Yunnan est une province chinoise très variée. Les deux premiers jours, nous avons roulé au milieu de champs de légumes, majoritairement des poivrons, haricots verts et choux, hier aux bords d’immenses bananeraies puis aujourd’hui en plein champs d’ananas ! Les collines sont intégralement sculptées en terrasses, plus ou moins larges, la moindre parcelle est utilisée, le spectacle est plutôt impressionnant. Faut dire qu’il y a quelques bouches à nourrir dans ce pays !

Plantation d'ananas

Plantation d'ananas

Une telle variété de produits se retrouve bien évidemment dans l’assiette. La cuisine chinoise est excellente et bien plus variée qu’en Asie du Sud Est. Il est donc difficile de se faire comprendre dans un resto où tout est écrit en chinois et où personne ne bredouille un seul mot d’anglais. Une seule solution : rentrer en cuisine, montrer les ingrédients que l’on veut et les laisser improviser un plat avec tout ça.

vente d'ananas fraichement cueillis en bord de route

vente d'ananas fraichement cueillis en bord de route

En général, ils vous apportent de délicieuses assiettes, pour à peu prés 12 personnes, puis 1 kg de riz cuit et régalez vous ! Vous me connaissez, je n’aime pas gaspiller la nourriture … alors je me sacrifie et je fini tout !

Les plats cuisinés sont vraiment délicieux, par contre, je trouve que leurs fruits ne sont pas terribles. Dans un pays où l’on cherche constamment à produire vite et beaucoup, je doute que leurs techniques agricoles soient intelligentes et respectueuses de l’environnement, ça se retrouve dans le goût des produits frais. Enfin, vu notre façon de faire en Europe, on n’a pas vraiment de leçon à donner.

Dans les restos, j’ai remarqué que les chinois aiment commander pleins de plats, picorer 2-3 bouchées dedans et en laisser 90% qui finira à la poubelle … Quel gaspillage, ça me fait mal au ventre ! (ou c’est peut être le kilo de riz :p) De même, ils vont se racler la gorge jusqu’au fond de l’estomac pour s’éclairir le gosier (mais ça c’est toute la journée, n’importe où), cracher les os ou nourriture qui ne passe pas par terre, et prendre un malin plaisir à jeter les bouts d’essui-tout usagés, à 1 ou 2 mètres de la poubelle. Probablement une vieille tradition ancestrale transmise de génération en génération et d’ailleurs très largement perpétrée lors de leurs escapades touristiques en Asie du Sud Est (cela m’avait d’ailleurs particulièrement agacé, pour rester poli). Enfin, pour me faire l’honneur de partager leur conversation en chinois, ils parlent à peu prés comme on peut se parler en plein concert de rock. Autant dire que je ne fais pas de vieux os dans ce genre de resto …

A part ça, j’ai facilement rejoins Jinghong, capitale du Xichuangbanna (une région du Yunnan).

Jour 5 / 16 mars 2009

J’y reste une journée pour visiter et me familiariser avec la culture chinoise. Ce sera l’occasion d’observer les ouvriers en plein boulot, chacun sa petite tâche, multiplié par leur nombre et voilà le secret d’une ville qui évolue constamment. Jinghong me laissera un bon souvenir d’une ville propre et bien architecturée, où il est trés simple de s’orienter et de se balader, malgré les nombreux travaux en cours. A vrai dire, jusqu’à Dali, c’est la seule ville qui m’ait plu.

Un pote qui s'éloigne

Un pote qui s'éloigne

Un carrefour de Jinghong

Un carrefour de Jinghong

ouvriers entrain de fabriquer des idéogrammes

ouvriers entrain de fabriquer des idéogrammes

Vendeuse de bouchées

Vendeuse de bouchées

Je découvrirai aussi le côté parfois très violent des chinois envers leur enfant. A Mengla nous avions déjà vu une mère donner plusieurs claques à sa fille jusqu’à ce qu’elle saigne abondamment du nez. Ce soir, j’ai vu un père poursuivre son fils dans les rues, un bambou à la main et lui mettre une raclée à tel point qu’il l’aurait presque tué si sa mère ne s’était pas interposée … Comment peut on être aussi violent avec un enfant ? Quelques jours plus tard, ce sera dans un resto, où quand je ne comprenais pas le montant du repas annoncé par la fille, le père s’est retourné brusquement en gueulant comme un abruti. Ca m’a laissé sans voix …

Aspect un peu plus amusant, les chinois sont de sacrés joueurs. Que ce soit sur des machines ou dans la rue, ils jouent sans cesse, à des jeux de cartes, des jeux de dominos et des sortes d’échecs, Otello, backgammon, etc … Ils ont l’air d’aimer particulièrement un jeu qui ressemble aux dames, avec des idéogrammes chinois sur le dessus des jetons. Quand ils y jouent, à chaque déplacement ils saisissent le jeton et le tape violemment sur la table pour bien indiquer à son adversaire la nouvelle position (Ils font de même quand ils posent une carte sur la table). J’ai aussi l’impression que chez eux, le jeu est forcément associé à l’argent, car sur les tables dans la rue trainent toujours quelques billets.

Partie d'échecs chinois en pleine rue

Partie d'échecs chinois en pleine rue

Le lendemain, je roule une soixantaine de kilomètres jusqu’à Menghai, avant de me poser dans un hotel pour la journée.


Me voici en Chine !

jeudi 19 mars 2009
Me voici désormais en Chine après 125 jours (et 2 heures de pluie :P) à parcourir l’Asie du Sud Est. J’aurais finalement fait l’impasse sur le Vietnam pour bien profiter de la Thaïlande, du Cambodge et du Laos. Peu de cyclotrotteurs reviennent de ce pays avec un avis positif (circulation dangereuse, vietnamiens trop commerçants et pas vraiment sympas avec les touristes étant les deux critiques récurrentes), cela m’a sans doute un peu dissuadé pour ce coup ci, mais nul doute que j’y reviendrai me faire ma propre opinion.

Depuis le dernier article, j’ai pu visiter les montagnes du nord ouest de la Thaïlande en attendant Bruno qui devait me rejoindre à Chiang Mai (ville principale du nord de la Thaïlande). J’avais loué un scooter 125 cc le temps d’un week end pour pouvoir en voir un maximum. Dans cette situation, le cyclotrotteur se trouve confronté à deux problèmes : son égo en prend un bon coup et il doit abandonner sa monture à de parfaits inconnus. Pour le second, j’ai pu tout laisser entre de bonnes mains à la guesthouse, pour le premier, il me faudra des décennies pour m’en remettre 😉

La modestie thai

La modestie thai

Le samedi, je suis donc parti de Chiang Mai en direction de Paï puis Mae Hong Son, une route très scénique et tout autant touristique donc bien aménagée. Je me suis amusé comme un fou sur cette portion très montagneuse (4 ou 5 bons cols), aux innombrables virages (le chiffre est populaire, plus de 2000 il me semble) dans un cadre me rappelant beaucoup les Landes. De grandes forêts de pins, une délicieuse odeur de résine, des aiguilles de pins recouvrant les bas côtés et un air chaud comme en plein mois d’août (cet aprés midi là, il faisait 38°). Je n’aurais pas aimé le faire dans ces conditions à vélo, même à 60-70 en scooter j’avais chaud … D’ailleurs, j’ai croisé un cyclotrotteur qui s’était réfugié à l’abri d’une cabane de paille. Une bien belle journée ! Alors que Paï m’a semblé autant faite pour les touristes que Luang Prabang au Laos, j’ai bien apprécié le calme de Mae Hong Son, avec son marché de nuit au bord d’un lac. J’ai même pu trouver une guesthouse qui donnait sur ce lac. Un havre de paix !
le scooter

le scooter

rizieres assechees en terrasse

rizieres assechees en terrasse

vue d en haut d un col

vue d en haut d un col

 Le lendemain, j’ai reçu un mail de Bruno me disant qu’il arrivait à Chiang Mai ce matin à 9h30. Hum, il est 6h, ça va être dur d’arriver à l’heure en étant à 250 km de là … Pour finir la boucle que j’avais prévue, il me reste 300 km. Peut être un peu long en scooter mais je tente ! Je file à la fraîcheur du petit matin, tout feu tout flamme, seul sur une route qui n’en fini pas de zigzaguer pour mon plus grand plaisir. J’ai choisi d’emprunter de petites routes qui traversent la chaine de montagne, pour voir un peu comment c’est à l’intérieur, hors des endroits touristiques. Je ne serai pas déçu ! Une première portion me mène tout en silence au milieu de minuscules rizières asséchées, perdues dans une belle forêt tout autant en manque d’eau, mais où pousse des arbres aux fleurs blanches et rouges, donnant à l’ensemble la touche colorée qui manquait pour rendre le lieu majestueux. Mes yeux se régalent. Un peu moins un peu plus loin lorsque je découvre ce qui se passe au coeur de ces montagnes. La forêt est dévastée, les collines toutes pelées à perte de vue, parfois encore fumante d’un débroussaillage intensif en plein caniar ou d’un feu accidentel ? Etrangement, la seule chose qu’il reste ce sont les habitations rudimentaires en bois. Cela dure comme ça sur plusieurs kilomètres … La route continue et passe prés du Mont Blanc national, le Doi Inthanon, culminant à 2500m et des poussières. Je le vois d’en bas, un monument semble avoir été construit tout là haut. Une route y mène mais j’ai déjà assez de distance à parcourir aujourd’hui et vu la chaleur qu’il fait, je n’ai pas envie que le scooter me lâche entre les mains. Encore deux heures de route et me voilà de retour à la guesthouse où je retrouve Bruno et tout son barda fraîchement sorti du magasin.

foret devastee

foret devastee

Nous avons roulé une bonne dizaine de jours pour rejoindre la Chine (« vous l’avez fait à pied ? » me disait Bernard :p). Tout d’abord, en passant par l’extrême nord de la Thaïlande où nous avons pu voir le célèbre triangle d’or, ancien grand lieu de culture et traffic d’opium, situé à la frontière entre la Thaïlande, le Laos et la Birmanie, au bord du Mékong. Nous avons ensuite suivi le Mékong jusqu’à Chiang Kong, ville frontière côté Thaïlande où je suis passé il y a un peu moins d’un mois. Dans la ville précédente (Chiang Saen), nous nous sommes renseignés pour prendre un cargo chinois et ainsi éviter un nouveau visa lao. C’était possible mais relativement cher et sans aucune certitude sur la possibilité de faire tamponner nos visas chinois à l’arrivée. Nous avons donc laissé tomber, ce sera pour une prochaine fois.

c est l heure de la baignade !

c est l heure de la baignade !

Le triangle d or

Le triangle d or

premier camping en Thailande

premier camping en Thailande

Une statue plutot surprenante

Une statue plutot surprenante

Arrivés au Laos, nous avons encore eu droit aux facéties des militaires lao dont le flegme ferait pâlir la Corse entière ! Nous donnons les passeports, le militaire les tamponne puis les pose de côté et nous dit qu’il faut patienter dix minutes. Dix minutes plus tard, un collègue le remplace, et cette fois ci, il faut attendre vingt minutes, alors que les passeports sont prêts ! Au lieu de nous énerver, on part faire un tour dans la ville et on revient les chercher deux heures plus tard. On a droit à un « pay fee ! » pas vraiment cordial mais nous nous exécutons pour récupérer les passeports (le week end et entre 16h et 18h, il faut payer 1$ pour récupérer les passeports).

Au Laos, je retrouve avec un immense plaisir, les « sabaïdeeeeeee ! » à n’en plus finir des enfants le long des routes, à chaque village traversé. J’ai même pu passer un aprés midi à jouer à la pétanque avec un groupe de 5 jeunes lao qui pensaient pouvoir se moquer d’un pauvre touriste égaré. Manque de bol pour eux, j’ai déjà un peu pratiqué ce sport. Après une première victoire 11-2 (oui, ici ils jouent en 11), ils partent en plein milieu de la revanche alors qu’on menait 4-0 … Du coup, je me retrouve à faire un tête à tête avec un adulte du club, déjà bien meilleur. il veut parier une bouteille de bière. Je sens que je vais me faire avoir mais soyons joueur ! Après une partie âprement disputée, il me bat 11-8. Je reste la fin de l’aprés midi à les regarder jouer. Les adultes ont investi les lieux et se débrouillent plutôt bien.

Les enfants lao, si expressifs puis si timides

Les enfants lao, si expressifs puis si timides

 

village lao de bord de route

village lao de bord de route

 

Maison lao
Maison lao
une autre, en bord de riziere

une autre, en bord de riziere

Sans aucune hésitation, le Laos aura été mon pays préféré d’Asie du Sud Est, pour la sympathie des gens et pour la beauté des paysages du Nord. Espérons que cela reste comme ça encore longtemps ! L’axe qui nous mène jusqu’à la frontière chinoise est assez roulant mais de temps en temps bien pentu. Nous gravissons plusieurs longues côtes à 10%, parfois en plein caniar, entre midi et 14h à cause d’une mauvaise gestion du temps … ça ne pardonne pas, on lutte !

Route en cours de reconstruction

Route en cours de reconstruction

Coucher de soleil

Coucher de soleil

 

Notre douche de fortune, au lever du soleil

Notre douche de fortune, au lever du soleil

riz au lait de coco et bananes, ptit dej du tonerre !

riz au lait de coco et bananes, ptit dej du tonerre !

papotage avec un cyclo lao qui rentre chez lui

papotage avec un cyclo lao qui rentre chez lui

Sur la route du Laos

Sur la route du Laos

Durant ce trajet lao-thaï, nous avons encore fait de belles rencontres, notamment avec Kong, cyclotrotteur thaï, qui nous aurait donné tout ce qu’il avait pour la suite de notre périple ! Nous avons passé une belle soirée avec lui à Luang Namtha au Laos alors que nous l’avions croisé deux jours auparavant, entrain de réparer une crevaison en bord de route.
La frontiere chinoise

La frontiere chinoise

Aprés deux jours en Chine, ma collaboration avec Bruno prend fin. Je continue mon chemin vers les hautes montagnes tibétaines (hors région autonome) alors qu’il préfère les éviter et partir vers Kunming. Je pense que c’est bien mieux comme ça. Nous n’avons pas les mêmes attentes du voyage et aucun de nous deux ne veut faire de compromis.

Dans le prochain article je vous raconterai ma traversée du Yunnan, région du sud de la Chine, frontalière avec le Laos, que je m’en vais parcourir pendant une quinzaine de jours, jusqu’à Dali, début des haut cols.

A bientôt !