Trop de repos, tue le repos …

lundi 23 février 2009

Jour 104 / 17.02.2009 / Chiang Mai – Lamphun

Ce matin, je pars sans grande motivation vers le sud, pour être vers Mae Sot ce week end et faire un nouveau visa de 15 jours. La route est classique, avec toujours autant de chiens thaï très cons, qui aiment vous courir aprés en aboyant comme s’ils allaient vous bouffer … Aprés 30km, je sens déjà la fatigue, je me pose à Lamphun où, parait il, on peut voir de beaux temples. Le plus imposant a un nom imprononçable, il dispose d’un chedî d’or de plusieurs mètres de hauteur. Effectivement, c’est assez joli, mais il est en cours de restauration.

Aprés un tour à l’office de tourisme local, je trouve l’hotel le moins cher de la ville et y vais prendre une chambre. Tout neuf, trés chic, je suis impressionné par la taille de la chambre ! Il y a même Internet via une prise murale. Manque de bol, aujourd’hui ça ne marche pas, tant pis.

Je reste au frais l’aprés midi puis en soirée je vais faire un tour sur Internet en ville. J’ai reçu un mail de Bruno, il est toujours motivé pour le vélo. Demain je retournerai probablement à Chiang Mai pour lui donner plus d’infos et pour l’attendre pour faire la boucle finalement.

Jour 105 / 18.02.2009 / Lamphun – Chiang Mai

Retour à Chiang Mai en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Tant qu’à faire, je prends une chambre dans une guesthouse qui a le wifi. Dans l’aprés midi, je peux m’occuper d’envoyer des infos à Bruno, regarder ce qu’il pourrait trouver à Bangkok, etc … En gros, je passe la journée sur le net, au frais.

En soirée, je vais faire un tour à mon marché favori, prends quelques brochettes, riz gluant, fruits, etc … J’adore ! Quand je reviens, 2 allemands se sont attablés sur la terrasse devant ma chambre et commence à picoler. Ca durera toute la nuit, à boire et fumer des pétards, rire comme des cons pour rien et surtout foutre le bordel pour les gens qui dorment à côté. Je hais ce genre de gens qui ne respectent rien …

Jour 106 / 19.02.2009 / Chiang Mai

Bouh, ce matin je suis crevé, j’ai trop mal dormi … Je prépare mes affaires mais aprés le p’tit déj je le sens pas. Je reste une journée de plus, alternant sieste et Internet. J’irai quand même vendre mon bouquin de San Antonio et prendre quelques billets supplémentaire, mais c’est tout.

Le soir, traditionnel tour au marché. Ce coup ci, je mange des pad thaï directement sur place. J’adore aussi les voir cuisiner dans leurs grands woks. Ils ont des assiettes remplies de pleins de bonnes choses, qu’ils jettent à une vitesse folle dans le wok. Un régal pour les yeux et les papilles !

Ce soir pas d’allemands mais … des allemandes. Bon, c’est toujours plus sympa des voix féminines, mais en rentrant tard dans la nuit, elles se sont pas géné pour foutre le bordel elles aussi. Mais qu’est ce qu’on leur apprend chez eux ? Ils sont pas au courant que dans une guesthouse on dort ? Qu’ils foutent le bordel toute la nuit ok, mais pas ici, dehors !

Jour 107 / 20.02.2009 / Chiang Mai – Wiang Pa Pao

Toujours dur de partir et de se lever à 5h30 … Mais contraint par mon visa qui expire dans 2 jours, je me dois de me bouger ! Déjeuner pantagruellique (l’excellent Muesli-fruits-yahourt et un bon sandwich à l’omelette avec un café), je fais mes sacoches et arrive à décoller à 7h15. Quelques emplettes pour la route (eau, biscuits) et c’est parti ! Le début est chiant (chiang ?), je dois quitter Chiang Mai par la voie rapide 3×3, mais peu à peu elle devient un peu moins importante.

Ces trop nombreux jours de repos ont mis à mal mon envie de rouler et donc mes capacités. Il fait chaud dès 9h, et visant Chiang Rai, à 183km, objectif pratiquement inatteignable en une journée, je me fais mal au moral. Puis comme d’hab, le Rémy qui veut découvrir raisonne le Rémy flegmatique, qui se sent bien à Chiang Mai, qui aurait bien pris un bus pour aller jusqu’à la frontière.

Aprés 25 km, voilà le début des bosses. Petites montées qui font mal aux pattes, et descentes très courtes forment un terrain de jeu sadique. Le goudron abondant de ces grands axes rayonne de toute la chaleur accumulée et vient m’agresser … Dans une côte, déjà rendu difficile par son pourcentage et par une de ses voies barrées pour cause de remise en état, je sens l’arrière du vélo qui tangue ! Hum, j’ai du mal à voir d’où ça vient jusqu’à ce que j’apercoive la roue arrière à plat. Pied à terre, dans le goudron frais (beurk !), je traverse la voie aujourd’hui à double sens, pour me poser à l’ombre sur le bas côté. Démontage en règle, en grignotant quelques biscuits, remontage, regonflage, et pfffffouuuuu ! Seconde crevaison ! Cette fois ci, la valve à l’air d’avoir un souci … Je laisse cette chambre à air de côté et utilise la seconde. Cette fois ci et la bonne ! Entre temps, un mec de la DDE Thaï vient taper la causette pendant que ces collègues se tuent à la tâche sous le caniar. La Thaïlande à beau être assez modernisée, faut voir les moyens pour refaire les routes ! 2 types dans la benne d’un camion, à balancer du gravier avec une pelle sur le goudron tout frais.

Je continue la route jusqu’à un resto chic mais qui sera mon refuge pendant une partie des heures chaudes. J’y mange bien, je papote avec le patron qui m’apprend que le visa birman coute 40 bath. Je lui dit en rigolant : « 40 bath pour un thaï, 500 bath pour un farang ». A part ça, la seule chose qu’il trouve à me dire sur le Myanmar c’est que ça vaut le coup pour faire du shopping, c’est pas cher … Soit.

J’en ai marre de poireauter, j’ai envie d’en finir avec cette succession de bosses et atteindre ce foutu col. Une fois franchi, la route devrait s’aplanir et être plus facile, même sous 34 degrés. Je repars donc à 12h30, sous un bon caniar, montant tout doucement mais vaillamment jusqu’au col, puis bascule dans une belle descente comme on les aime !

Vu l’heure, impensable d’arriver à Chiang Rai ce soir. Je me fixe comme objectif, Wiang Pa Pao, à 40km. J’aurais fait un peu plus de la moitié du chemin, et demain ce ne sera que du plat, facilement avalé dans la matinée.

Ca roule bien, je me permet même une bonne pause d’une heure dans un abri-temple. Ils m’ont bien manqué au Cambodge et au Laos ! Je trouve facilement une guesthouse à Wiang Pa Pao. Une bonne douche (aie les fesses en feu … mauvais réglage de selle), une bonne sieste, un bon repas et voilà ! La soirée sera courte, la journée a été bien remplie.

Jour 108 / 21.02.2009 / Wiang Pa Pao – Chiang Rai

Improvisation au p’tit déj, café au lait de coco ! Pas mauvais, surtout quand on a que ça … Je pars rapidement de la guesthouse pour une étape qui me semble de tout repos, le plus dur a été fait hier. Je prends donc le temps de m’arrêter pour un vrai déjeuner dans un boui-boui puis j’attaque cette longue ligne droite toute plate, qui devrait m’amener en un éclair à Chiang Rai.

Erreur ! D’une part ce n’est pas tout droit et d’autre part, c’est bosselé ! Enfin, tant mieux, c’est plus agréable. Je roule à un bon rythme, mais pas grand chose à voir sur cet axe principal du Nord à part beaucoup de voitures. Les 20 derniers km sont difficiles, j’ai les fesses en feu … J’arrive quand même à Chiang Rai où je m’installe pour quelques jours avant de repartir vers le Sud.

Jour 109 / 22.02.2009 / Chiang Rai

Visite de Chiang Rai au petit matin (à 7h), rien de tel pour commencer la journée. Armé du plan récupéré hier au TAT (Tourism Authority of Thailand), j’arpente les rues à la découverte de quelques édifices, somme toute trés classiques mais toujours aussi soignés, pour aboutir au Wat Kaew, LE temple de Chiang Rai. Effectivement, il est plutot original. Plusieurs batiments sont réalisés en bois foncé toujours aussi bien sculpté. L’un d’eux abritent un bouddha d’émeraude. Ca change de tout ces bouddhas dorés !

En quittant le temple, telle l’agence tout-risque, une horde de touristes chinois, armés jusqu’aux dents (Nikkon ou Canon minimum !), débarque en minivan (le même que dans la série avec Baracuda :p). Dés cet instant, ça rigole plus. Le temps s’arrête, les chinois courrent dans tous les sens à la recherche des bons spots pour poser, font des dizaines de clichés, sautent dans le minibus et filent à tout allure vers la prochaine cible. Tout ça en moins de dix minutes, du vrai travail de pro ! Impressionnant !

Tout ça m’a donné le tourni, je fais une halte dans un boui-boui où l’on peut choisir à travers une vitrine, le plat en sauce qui va accompagner l’assiette de riz. Dose asiatique, juste de quoi se caler une dent creuse, mais toujours trés bon. J’y reviendrai ! (qui a dit dans cinq minutes ?!). Aprés midi tranquille, au frais, dans un café, à fureter sur le net pour préparer la suite du périple, en attendant l’arrivée de Bruno.

Jour 110 / 23.02.2009 / Chiang Rai

Aprés moultes hésitations sur le moyen de locomotion, je monte dans un bus local (comprenez, rustique :p) en direction de Mae Sai, à 60km. Le trajet ne dure qu’une heure et demie et me voici aux portes du Myanmar, nouveau nom de la Birmanie. Je pensais pouvoir gratter un jour en arrivant en début de matinée (9h) le lendemain de l’expiration du visa mais que nenni ! J’ai beau expliquer à la militaire que je voyage à vélo, que 15 jours c’est juste et qu’il n’est que 9h du mat’, elle s’en fout royalement ! Je dois aligner un bifton de 500 Bath (un peu plus de 10€) sinon je ne passe pas ! Elle me le fais bien comprendre en posant mon passeport dans un coin, en attente. Un peu excédé, je lui jette le billet sur son comptoir et elle ne le prends pas très bien … Enfin, elle tamponne quand même ce foutu passeport.

Je traverse le pont (qu’on appelle souvent « de l’amitié » en Asie, je me demande pourquoi …) pour me retrouver chez les militaires birmans.  Le premier me fait signe de passer derrière le rideau barrant l’entrée de l’officine. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce ne sont pas des rigolos. Tous tirent une gueule de dix pieds de long (au moins !) mais me tamponnent eux aussi gentillement le passeport en échange d’un joli billet de 10$. Me sentant tout d’un coup plus léger (enfin, surtout mon porte monnaie), je jette un rapide coup d’oeil à Tachilek (ville côté birman), qui est un marché à ciel ouvert où, parait-il, on fait de bonnes affaires, puis je regagne la Thaïlande pour 15 jours de plus, gracieusement offert.

Difficile de pouvoir visiter le Myanmar … Ce point frontière ne permet d’y rester qu’une seule journée, sans pouvoir s’éloigner de Tachilek autrement que par un tour organisé avec guides et multiples checkpoint en tout genre. Je ne sais pas s’il existe pire pays en terme de surveillance et de parano que ce pays … Michel, trikeur émérite rencontré à Phimai au début de l’aventure, s’y trouve actuellement (allez jeter un oeil sur son blog pour un avis de l’intérieur).

Pour le retour, on change pas une équipe qui gagne, je reprends le bus pour Chiang Rai. L’aprés midi sera consacrée à quelques bricoles (recoudre les cuissards, démonter et nettoyer le réchaud, manger un p’tit bout, etc …) puis encore et toujours à la recherche d’infos sur le chemin du retour (surtout sur le Kazakhstan et la Russie).

Ce coup ci, fini le repos, faut y aller ! Demain, j’entame une redescente vers Chiang Mai qui devrai durer une petite dizaine de jours, en passant le long de la frontière birmane. J’y retrouverai Bruno, équipé comme un pro, prés à faire face aux cols de plus de 4000m du Yunnan puis du Sichuan !

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P’tite semaine à Chiang Mai

dimanche 15 février 2009

Me voici à Chiang Mai dans le nord de la Thaïlande, aprés 2 jours de bus (un premier pour rejoindre la frontière lao-thaï, un second pour arriver à Chiang Mai), n’ayant qu’un visa de 15 jours à cause de la nouvelle loi de début décembre … Pour rester plus longtemps, il faut soit arriver par avion et on a droit gratuitement à 30 jours, soit payer un visa tourisme de 60 jours. Comme ni l’une ni l’autre des solutions ne me conviennent, je préfère prendre un bus et revenir à la frontière à vélo.

La semaine commence par un entretien complet du vélo. Depuis quelques temps, les roulements des pédales font du bruit, la tige de selle est bloquée à la mauvaise hauteur, la selle est de plus en plus abîmée, les cables coulissent difficilement dans leur gaine, il est grand temps de réparer tout ça ! Comme Bernard m’a conseillé le chiatawat bikeshop, géré par une famille lao, j’y file ni une ni deux. Effectivement, ils sont super gentils et donc surchargés de travail (c’est ça la popularité !). Le patron me conseille un autre bikeshop mais là bas ils ne comprennent rien du tout et j’ai peur que le vélo soit saccagé, alors je préfère tout faire moi même. De toute façon, j’ai le temps 🙂

Je démonte pratiquement tous les composants du vélo (seul le pédalier et la potence reste :p), les nettoie un par un dans la salle de bain (en mettant du camboui partout :p Mais du coup, aprés nettoyage, j’ai une salle de bain flambant neuve !) et fait l’inventaire des pièces à changer. J’achète tout ce qu’il faut au Chiatawat bikeshop et c’est parti pour une journée de remontage / réglage ! A la fin, tout marche du feu de dieu mise à part la tige de selle qui est vraiment bloquée. Grâce à 2 mécanos thaï, j’arriverai quand même à la changer (cf. article « Déjà 100 jours ! »).

Démontage

Démontage

Tige de selle

Tige de selle

On dirait qu'elle a morflé

On dirait qu'elle a morflé

Fixation de la tige de selle bien usée

Fixation de la tige de selle bien usée

Cette semaine de repos à Chiang Mai sera aussi l’occasion de manger de bonnes petites choses (avec parcimonie, mais comme elle n’avait pas faim, j’ai dû manger pour deux :p) et de finalement craquer pour un eeepc, aprés deux mois de réflexion (on ne se refait pas …). C’est un tout petit portable avec un écran de 9 pouces, qui ne pèse qu’un kilo, avec disque dur de 20Go en mémoire flash et 6h d’autonomie. J’ai rencontré plusieurs voyageurs (certains à vélo) qui l’utilisaient avec beaucoup de satisfaction notamment sur la solidité. Il me permettra de saisir mes carnets de voyage et donc de les sauvegarder en lieu sûr plus facilement, de préparer les articles du blog, de trier et traiter les photos mais aussi de lire des bouquins électroniques (on en trouve énormément sur le net), d’avoir facilement accés aux infos dont j’ai besoin pour préparer la suite du périple, etc … Entre ce que me coûte les cybercafés et l’échange de bouquins en français (un vrai commerce en Asie !), je l’aurai amorti d’ici la fin de l’année !

Voilà la bête !

Voilà la bête !

« Et les visites dans tout cela ! », allez vous me dire ! J’ai parcouru pas mal Chiang Mai à vélo et à pied, c’est une ville assez agréable malgré sa taille (deuxième ville de Thaïlande quand même !), avec un beau marché de nuit le week end et comme toute ville asiatique, de nombreux temples étincelants au coucher du soleil. Mais comme d’habitude, je n’arrive pas à faire de photos d’une ville, aucune inspiration ne me vient. Ce matin, je me suis quand même amusé un peu avec une fleur. Vu comme ça, la ville est tout de suite beaucoup plus belle 😉

P'tite fleur esseulée dans la jungle urbaine

P'tite fleur esseulée dans la jungle urbaine

encore elle

encore elle

Et toujours elle !

Et toujours elle !

Un des nombreux temples de Chiang Mai

Un des nombreux temples de Chiang Mai

Encore une fleur !

Encore une fleur !

Un moine qui fait son marché (étrange ...)

Un moine qui fait son marché (étrange ...)

Il ne me reste plus qu’une semaine de visa, je vais donc remonter assez rapidement vers le Nord sans pouvoir faire la boucle Chiang Mai – Mae Sariang – Mae Hong Son – Paï – Mae Taeng que j’aurais bien aimé faire. Ce sera pour un prochain voyage d’un ou deux mois, il y a un bel itinéraire à suivre en partant de Bangkok vers le parc d’Erawan puis remonter le long de la frontière birmane jusqu’à la jonction avec cette boucle. Paysages sauvages et ascensions de folie garantis !

S’en suivront quelques jours au Laos pour remonter vers Boten (la frontière lao-chinoise) puis quelques mois en Chine !


Déjà 100 jours !

samedi 14 février 2009

Voilà déjà 100 jours que j’ai quitté famille et amis (et non femme et enfants) pour entamer ce fantastique périple à travers l’Asie. Pour l’occasion, je me devais d’écrire un article pour le blog.

Coincidence heureuse ou pur hasard, aujourd’hui un miracle s’est produit. Aprés avoir lutter de longs moments dans 3 magasins de vélo pour extraire cette foutue tige de selle à grands coups de marteau, de dégrippant, d’huile de coude, j’ai trouvé mes sauveurs. Ce matin, je suis allé demander l’avis d’un 4ème magasin, Chiatawat bikeshop, où j’ai acheté les pièces de rechange mais où ils avaient beaucoup trop de travail pour s’occuper de ma monture. Le patron, un homme aussi agé que sympathique, me conseille d’aller plutôt dans un mecanic shop bien équipé et habitué à travailler le fer, ils sauront quoi faire. Il rajoute une nouvelle croix sur mon plan de Chiang Mai et me voilà en route vers ma dernière chance.

Aprés quelques hésitations je trouve ce fameux atelier, un peu à l’écart de la route. Quelques mimiques et bruitages pour expliquer mon problème et les voilà au travail ! Première tentative : la pince étau à rallonge. La tige morfle mais rien ne bouge. Je me vois déjà repartir avec une tige vrillée en équerre, trés efficace pour faire rigoler les passants, moins pour rouler. Deuxième idée : le dégrippant et le marteau. Ils tapent comme des fous (en ayant pris soin de tout protéger quand même, ils sont trés précautionneux) pendant un bon quart d’heure, cela ne bouge même pas d’un dixième de millimètre … Hallucinant ! Le patron se pointe et me fait signe que ce n’est pas possible. C’est sans compter la perséverance de 2 employés qui passent aux choses sérieuses. Ils coincent le vélo à l’étau et continue de taper avec le marteau puis à faire tourner le cadre autour de la tige, coincée à l’étau. Rien ne bouge … mais aprés quelques minutes de lutte acharnée, un léger grincement se fait entendre ! On se met à 4 pour faire tourner le cadre, de nouveaux grincements ! Ca y est, la tige est montée de quelques millimètres aprés 1h ! On secoue comme des mules sentant que la partie est bientôt gagnée ! Aprés 10 longues minutes d’efforts intense, la tige tombe ! Tout les employés, acteurs ou spectateurs, poussent des cris de joie et applaudissent ! Un grand sourire se dessine sur mon visage, je ne sais comment les remercier ! Ils vont même jusqu’à nettoyer l’intérieur du cadre et les quelques bavures avec une fine ponceuse. Du vrai travail de pro !

Un petit détour au Chiatawat bikeshop et me voilà avec un vélo en parfait état de marche, avec une belle tige de selle que je peux régler ! Elle est pas belle la vie !

A part ça, je voulais essayer de faire un p’tit bilan aprés 3 mois de voyage mais ça sera pour plus tard, quand je me poserai entre 2 voyages 🙂 Mine de rien, il se passe tous les jours des choses, même quand je me pose à un endroit pour quelques jours. Il m’arrive souvent d’avoir du mal à tout assimiler d’un coup, de mettre du temps à comprendre et à avoir une opinion plus mûrie. Dans ces conditions, difficile de faire un bilan, la tête dans le guidon 😉

Pour les prochains jours et mois à venir, je me suis concocté un bon menu de réveillon. En entrée, retour vers la frontière thaï par les montagnes du nord et le triangle d’or (même si je ne peux pas faire le tour prévu à cause d’un visa beaucoup trop court de 15 jours …) et traversée du nord ouest du Laos jusqu’à la frontière chinoise. En plat de résistance, un beau morceau de Chine, avec probablement du Yunnan, du Sichuan et de la campagne jusqu’à Pékin, sa muraille et sa cité interdite. Et en dessert, un peu de Mongolie saupoudrée de pays en « Stan ». Pour le digestif, on verra plus tard 😉

Le passage vers le Tibet semble de plus en plus compromis même si c’est la route que je privilégierai dans la mesure du possible. Mon principal problème est le visa que j’ai pu obtenir à Chiang Mai et qui n’est que d’un mois (alors qu’avant les JO on pouvait obtenir 3 mois). Bien sûr, il peut être étendu deux fois d’un mois (ce qui fait 3 mois comme l’auront vite compris les forts en math) mais pas au Tibet quand on voyage en solo et donc en toute illégalité … Je risque donc de me retrouver coincé à Lhassa, sans visa et sans permis, ce qui est plutôt craignos … Dans tous les cas, ce n’est que partie remise, j’y passerai un jour, c’est une certitude 😉

Que de belles terres à parcourir encore et encore !


Florilège gastronomique

mardi 9 décembre 2008

Voilà quelques aperçus de ce que j’ai pu grignoter tout au long de mon aventure en Thaïlande. Il manque beaucoup de choses mais ce n’est pas trop mon truc de photographier tout ce qui bouge …

Mandarines locales

Mandarines locales

Petites bananes, vite avalées

Petites bananes, vite avalées


Sawadee krap Thaïlande !

jeudi 4 décembre 2008

Déjà un mois d’écoulé ! J’ai l’impression d’être parti hier mais d’avoir vécu plusieurs mois, tant chaque jour est différent et riche en enseignements. Ce rapide séjour dans le centre puis l’est de la Thaïlande aura été un agréable premier contact avec l’Asie du sud-est.

Je ne m’étais pas particulièrement renseigné sur ce pays avant le départ, juste parcouru le guide du routard dans l’avion. La surprise fût de taille (ou de thaï) !  Je me souviens de ces premiers jours à Bangkok, angoissé par quelques peurs inconscientes (intoxication par l’eau ou la nourriture, piqûres de moustiques féroces, circulation dangeureuse, soucis mécaniques en remontant le vélo …) et étourdi par le rythme effrené de la vie dans cette immense ville de dix millions d’habitants. Peu enclin à pédaler dans cette jungle urbaine, j’avais préféré m’évader discrètement par le train. Aujourd’hui, avec le recul, je sais que ce n’était pas plus dangeureux qu’ailleurs. Michel, un cyclotrotteur de longue date, rencontré à Phimai, me disait avoir apprécié le retour à une circulation « normale » aprés une escapade au Cambodge et au Vietnam. Comme quoi, tout est relatif !

Mis à part les chiens un peu trop énervés à mon goût et les quelques personnes qui m’ont pris pour une liasse de billets ambulantes et m’ont franchement saoulés (essentiellement dans les coins touristiques), je garderai de trés bons souvenirs de cette région : l’accueil chaleureux à Tong Pha Phum et Phimai qui m’a fait rester deux jours à chaque fois, les singes intrépides et les footballeurs accrobates de Lopburi, les rigolades avec les thaïs devant les stands de brochettes, les quelques petites routes rurales que j’ai pris plaisir à parcourir, mais surtout, les centaines de rires, sourires, « hello », tant de manifestations de sympathie le long des routes, cette fabuleuse découverte des cascades d’Erawan, seul, au petit matin, et les quelques rencontres qui ont ponctué ces 30 jours.

Demain, je quitte temporairement le pays du sourire pour le Cambodge, à la découverte des temples d’Angkor, du Mékong, des pistes de terre menant à des petits villages perdus au coeur de la forêt, de la culture khmères et des khmers eux-mêmes. Je reviendrai passer un mois dans le nord de la Thaïlande en quittant le Laos, d’ici 2 mois.

En route pour de nouvelles aventures !


L’Isan, sur les routes des vestiges Khmers

jeudi 4 décembre 2008

[4 étapes, 327 km, 1400 km environ en tout]

 Jour 1

Première étape : Phimai, une petite bourgade calme, abritant le Prasat Hin Phimai qui aurait servi de modèle à Angkor, auquel le reliait autrefois une route pavée ! Rien que ça ! Avant de le visiter, je vais faire un tour au musée, trés intéressant d’aprés le guide du routard. J’y vois tout un tas d’objets (surtout des statues) de diverses époques khmers, dvaravati et bouddhiste. J’ai un peu de mal à distinguer les styles, les époques et les croyances, Shiva et Vishnu ayant rejoins les multiples représentations de bouddha. Je comprendrai sans doute mieux une fois à Angkor.

Pendant la visite, trois phimaiennes qui s’occupent de l’entretien du musée, m’invitent à manger quelques biscuits. Elles me disent qu’elles aiment beaucoup les gars à la peau blanche, alors je les fait rigoler avec mon bronzage de cycliste, avant-bras chocolat et bras tout blanc ! L’une d’elle veut constamment voir mes bras blancs … A croire que l’on veut toujours ce qu’on a pas l’habitude de voir ou d’avoir. Elles veulent s’occuper de moi alors elles me font visiter le musée jusqu’à la fermeture. Je leur apprends quelques mots français et elles m’apprennent quelques mots thaï. C’est pas gagné ! Elles me disent de revenir demain matin, ça sera gratuit pour moi. C’est vrai que les filles thaï sont dingues des blancs. Sur la route, parfois un simple hello les rend hystérique ! Ce n’est pas désagréable 🙂

Aprés ce début d’aprés-midi bien sympathique, je vais découvrir ce fameux temple khmer. Dés l’entrée, je suis impressionné : un large pont de pierre, orné de nâjas à 5 têtes dressés vers le ciel, m’accueillent avec des regards qui en disent long. Le contraste entre la structure massive fait de gros blocs de pierre bruts et la finesse des décorations, des fresques, des sculptures habillant le Prasat me fascine. En quelques secondes, on se sent téléporté à l’époque d’un royaume au sommet de sa grandeur et on imagine facilement les milliers de guerriers traversant ce fameux pont, à cheval. Cette visite m’a vraiment enchanté !

Prasat Hin Phimai
Prasat Hin Phimai
Prasat Hin Phimai
Prasat Hin Phimai
Prasat Hin Phimai
Prasat Hin Phimai
Entrée du Prasat Hin Phimai
Entrée du Prasat Hin Phimai

 En soirée, coïncidence heureuse, je me retrouve à manger dans le même restaurant que Michel, un cyclotrotteur chevronné, ayant déjà parcouru 50.000 km à vélo debout lors de nombreuses « courtes » escapades puis 10.000 km en trike (tricycle couché) pour un tour du monde de sept ans (il vient de finir sa première année). Je l’avais vu passer à midi en mangeant dans un boui-boui mais je ne l’avais pas retrouvé en ville, alors je suis tout content et un peu intimidé d’aller lui parler. On passe la soirée à discuter de nos voyages, il me donne beaucoup d’infos utiles pour la suite du périple. Chouette rencontre ! « Peut être à dans quelques temps en Amérique du Sud », s’est-on dit en se quittant.

Jour 2

Finalement, je reste un jour de plus à Phimai. Je m’y sens bien, j’apprécie les personnes qui gèrent la guesthouse. Aprés une nuit un peu fraiche (j’ai sorti le duvet !), je vais faire un tour au morning market, prendre des beignets à la banane et des gaufres ! C’est une tradition en Thaïlande, chaque ville à son market. Souvent il y a le night market, qui commence dés la tombée de la nuit jusqu’à 21/22h, en fonction de la taille de la ville. On y trouve beaucoup de petites choses à grignoter pour pas un rond (voir article sur la nourriture), des fringues et des babioles en tout genre. C’est une balade à faire, on est vite envahi par tout un tas d’odeurs et de couleurs, plus ou moins agréables, et on y découvre mieux comment les thaï se nourrissent. Par contre, on est repéré à 3 km ! Mais pas d’inquiétude, on connait rapidement le prix des choses et la plupart des commerçants sont honnêtes, ils n’essaient pas de vous arnaquer.

Je profite d’une belle matinée pour aller voir le banyan géant, un arbre dont les racines poussent dans les aires et forment sans cesse de nouveaux troncs au contact du sol. Etonnant ! C’est l’occasion de bouquiner un peu le Lonely Planet du Cambodge dans le parc entourant le banyan.

Le banyan géant, "aménagé"
Le banyan géant, aménagé
Le banyan géant
Le banyan géant

Sur le chemin du retour, je vois un stand plutôt particulier et qui m’interpèle sur l’interprétation étrange des préceptes bouddhistes. On y trouve des poches d’eau remplies de poissons vivants et des cages minuscules où s’entassent des dizaines d’oiseaux. Comme dans le bouddhisme, une des vertues principales est le respect de la vie sous toute ses formes, on vous propose d’acheter la liberté d’un de ces animaux. Certains n’ont pas mal d’aller se reccueillir dans un temple aprés …

Jour 3

A l’aube du 3ème jour (non pas du 6ème, du 3ème !), je déjeune avec un allemand un peu excentrique mais bien sympa. Il m’apprend deux expressions particulièrement utiles : « baan phak » qui veut dire « gesthouse » et « baan phak yutinaï » qui veut dire « où est la prochaine guesthouse ? ». Il me fait bien rigoler en me racontant ses difficultés à parler thaï (il vient en Thaïlande depuis 17 ans) et ses nombreux quiproquo. La grosse difficulté c’est qu’une même orthographe de mot peut avoir jusqu’à 7 significations différentes en fonction de sa prononciation ! Donc parfois, une phrase mal prononcée peut avoir un sens complètement différent et donner lieu à des scènes bien rigolotes. Mais les Thaï connaissent cette difficulté et apprécie que l’on fasse des efforts pour parler leur langue.

Entre Phimai et Buriram, la route est belle, vent dans le dos, rizières désséchées et boeufs sauvages à perte de vue, ça filoche ! Je n’ose pas trop photographier les boeufs, attachés à un maigre bambou avec de la ficelle à rôti, autant le dire, un lien purement psychologique ! Et puis, un boeuf dans le buffet, c’est bien pire qu’un plaquage de Chabal, alors prudence 🙂

D
Il est pas beau mon vélo ! 😀
Paysage d'Isan
Paysage d’Isan
boeuf sauvage, même pas peur !
boeuf sauvage, même pas peur !

Buriram est, comme les villes de l’Isan, beaucoup plus calme que ses homologues du bassin bangkokien, mais pour une fois, les gens y sont peu souriants, la plupart n’ayant que le mot farang (étranger à la peau blanche) à la bouche … Tant pis, je ne vais pas m’éterniser ici …

Jour 4

Je m’éclipse au lever du jour vers Phakon Chaï, à 50 km. Pas mal de petits étangs parsemés de nénuphars fleuris bordent les routes, je suis étonné de voir autant d’eau. J’atteins rapidement le point de chute quotidien et j’essai mes nouvelles expressions. On m’envoie sur une route saturée de camions et d’usines chimiques ! Beurk, je ne vais pas dormir là ! Je reviens sur mes pas, et on m’indique à l’opposé une autre guesthouse. J’y dépose mes affaires, souffle un peu et pars visiter un autre temple célèbre du coin : le Prasat Pahnom Rung. Sans bagage j’ai l’impression de voler ! En plus, la route est déserte, c’est chouette ! Je me fais plaisir à rouler comme un dingue, même dans la dernière côte de 2 km qui monte raide, autour des 10%  et qui me fait dégouliner de sueur (bon ouais ok, j’ai ralenti un petit peu dans la montée :p).

Quelques nénuphars fleuris
Quelques nénuphars fleuris
Nénuphars fleuris
Nénuphars fleuris

L’effort en vaut la peine : superbe vue de la plaine jusqu’aux montagnes frontalières avec le Cambodge et encore un superbe temple khmer étonnamment ! Pendant que j’admire le paysage, une petite fille accompagnée de sa mère vieent parler un peu anglais. « Hello, what’s your name ? » me dit-elle. Elle s’appelle Tek et est trop mignonne. Quand je la recroise à la sortie du temple elle me fait un signe de la main et m’envoie un doux « bye bye » tout mignon 🙂

Phanom Rung au loin
Phanom Rung au loinEntrée du temple, les najas à 5 têtesPrasat du temple Phanom Rung

Jour 5

Hier j’ai rejoins Surin, ville à 70 km du poste frontière, avec un peu de flemme. Je m’y repose aujourd’hui pour sans doute passer la frontière demain midi et rouler vers de nouveaux horizons !

A l’est et au nord de Khorat s’étend l’Isan, vaste plaine aride, probablement la moins affectée par le tourisme de masse et donc la plus authentique. C’est aussi la région la plus pauvre, où la plupart des gens subsistent en exploitant des terres pas toujours suffisamment productives. Après un jour de repos à Khorat, où j’ai pu trouver une nouvelle selle pour mon popotin, gracieusement conduit à scooter par une demoiselle aussi charmante que sympathique (que ne feraient-elles pas pour rendre service à un farang), je file découvrir cette région.


De Lopburi à Khorat

vendredi 28 novembre 2008

[4 étapes, 320 km, 1080 km au total]

Jour 1

Je quitte Ayutthaya encore une fois sous un ciel radieux (il pleut parfois en Thaïlande ?) mais je suis vite rejoins par le plus vieil ami du cyclo-trotteur, qui s’était fait oublier jusque là : le vent ! Aujourd’hui il est sage, quelques bourrasques bien senties histoire que ça tire un peu dans les jambes mais pas plus. Je pense qu’il en garde un peu sous le pied pour les prochains jours …

Pas grand chose à dire sur la route, les paysages du centre de la Thaïlande, que je commence à connaitre, défilent sous mes yeux, tantôt sur fond de ACDC pour me redonner la patate, d’Eddie Vedder pour l’évasion ou de la radio thaï pour la rigolade.

pause sur la route

pause sur la route

Un abri-temple

Un abri-temple

Le midi, comme à mon habitude, je m’arrête dans un boui-boui de bord de route. Dur dur de se faire comprendre avec 3 mots de thaï ! Alors la cuisinière me fait « coin coin » et je réponds par « ok ! ». Une bonne soupe de pâtes de riz, légumes et canard (vous l’aurez compris 😉 ). La difficulté pour communiquer aura sans doute était ma plus grande frustration ici. Peu de thaïlandais parlent anglais et de mon côté j’ai un peu de mal à faire des phrases avec les quelques mots du lexique du routard que je prononce déjà trés mal.

Enfin, ça ne m’empêche pas de discuter, dans l’après midi, avec un vieux bonhomme à vélo qui se repose lui aussi à l’ombre d’un abri temple. Avec quelques mimiques, 2-3 mots, des rires et beaucoup de patience, on se comprend ! Quelques instants plus tard, un jeune passe en scooter et me voit bidouiller l’appareil photo. Il s’arrête, insiste pour poser devant l’appareil et repars ! C’est la seule photo d’une personne que j’ai. Ça m’est difficile de demander aux gens de les photographier, j’ai toujours l’impression que ça va gâcher la relation, mettre une barrière de plus entre le touriste que je suis et les locaux. Alors je préfère profiter du moment, l’appareil au fond du sac.

A Lopburi, je découvre le Phra Prang Sam Yod, un vestige de l’âge d’or d’Ayuttaya, entièrement livré aux singes. Il y’en a partout ! Ils s’accrochent aux façades des immeubles, font des courses poursuites sur les toits et essai de chiper les poches aux passants. Mais je t’ai vu petit coquinou ! tu m’auras pas ! Je reste au milieu de la place à les observer. C’est fou ce qu’ils peuvent être agiles et joueurs. J’en vois qui entrainent des tout jeunes à faire des sauts périlleux arrière d’un panneau. La plupart s’éclatent la tête la première sur l’herbe, restent sonnés quelques secondes et regrimpe sur le panneau !

Sur le chemin de l’hôtel, à la nuit tombée, je surprends un cours géant de step en plein air dans un parc, sous fond de musique typique de ce genre d’exercices mais en thaïlandais ! Ca va de plus en plus vite ! Juste à côté, des jeunes jouent à une sorte de volley avec les pieds qui se pratique avec une boule en bambous tressés. C’est vraiment trés impressionnant ! Ils se font des passes au millimètre, font des retournés accrobatiques pour smasher ou se contrer, avec une facilité déconcertante ! Zidane n’a qu’à bien se tenir ! (quoique, on peut aussi utiliser la tête 😉 ).

Voilà une courte vidéo pour vous donner une idée :

Jour 2

Journée assez classique mais bien agréable quand même. Quelques petites hésitations sur la route à prendre de temps en temps, on se demande pourquoi …

Les panneaux thaï

Les panneaux thaï

Les paysages changent

Les paysages changent

Le sol ocre et les montagnes au fond

Le sol ocre et les montagnes au fond

Après une bonne matinée de pédalage, je me pose dans un minuscule hôtel au fin fond d’un village de campagne. Je passe l’après midi à lire le lonely planet du Cambodge (et oui, ça approche) puis en soirée je sors faire un petit tour pour manger un morceau. Je tombe rapidement sur un stand ambulant comme il y en a des milliers ici. On y trouve un peu de tout, des brochettes, des fruits, des plats préparés devant vous, simples mais très bon, des poissons séchés, etc …

Celui là ne propose que des brochettes de poulet et du porc grillé mais dans le noir j’ai du mal à identifier ce que c’est comme morceau. Comme j’aime bien gouter à tout, je prends quelques brochettes de chaque et un bout de porc grillé, avec du riz gluant. Plusieurs personnes entourent le coin grillade dans une bonne ambiance détendue de rigolade. C’est encore l’occasion de papoter un peu tout en rigolant. L’un d’eux me dit : « Papaya pok-pok, very good ! ». Je mets quelques secondes à comprendre … Papaya est la femme du couple qui tient le stand. Elle prépare des crudités pilées avec quelques épices, piments et arômates. Il me dit que c’est super bon avec le kaï (porc). Aller, en avant pour le papaya pok pok ! On continue de rigoler un peu puis je pars manger tout ça dans la chambre. Au final j’ai 2 brochettes de cou de poulet et un bout de gras de porc grillé, que je déguste avec le papaya pok-pok, légèrement épicé 😀 Heureusement, le riz gluant, égal à lui même, m’aide à faire passer tout ça ! C’est quand même bon, mais surprenant, c’est ce que j’aime dans ces petits stands.

Jour 3

Ce matin, je quitte l’hôtel sous les yeux inquisiteurs des gérants. Parfois, j’ai l’impression de n’être qu’une liasse de billets ambulant ou un animal de foire, on me regarde bizarrement, sans sourire. Enfin, c’est comme ça, le monde n’est pas idyllique non plus, tout le monde n’est pas enclin à la rencontre. Comparé à la rigolade d’hier soir, ce sont deux mondes différents.

Je m’arrête quelques centaines de mètres plus loin, manger un khao phat (riz frit agrémenté de légumes, poulet/porc, omelette) puis je prends la direction de Dan Khunkot, à 90 km de là. Le vent souffle sur la plaine, j’ai l’impression de tracter une remorque de sable, ça tiraille dans les jambes ! J’avance machinalement dans ces interminables lignes droite, plein est, la musique aux oreilles pour m’encourager. J’ai de la chance, c’est quand même plat et la route est en bon état. J’avance comme ça 2 bonnes heures pour arriver à un carrefour : Dan Khunkot tout droit Pak Chong à droite. J’avais songé à l’idée de passer par Pak Chong, ville au bord du parc national de Kao Yai, pour peut être y faire une excursion. Aujourd’hui cela m’arrange bien, fini le vent, bonjour les montagnes ! En avant pour Pak Chong !

Ligne droite parfois interminable, surtout avec le vent

Ligne droite parfois interminable, surtout avec le vent

La route devient beaucoup plus rurale, très peu de circulation, pas mal de tout petit villages avec les collines boisées toutes proches et les champs ocre vif.  Je m’arrête dans le premier, attiré par l’odeur alléchante de beignets à la banane ! Miam !

Beignets à la banane !
Beignets à la banane !
Beignet à la banane en gros plan
Beignet à la banane en gros plan

Je pédale tranquillement jusqu’à midi puis je m’arrête dans un minuscule restaurant. Il y a 3 tables et un seul plat, c’est pas compliqué ! Bon ok, en avant pour un tio (soupe de porc, légumes et vermicelles de riz). Toujours très bon, et au calme en plus, c’est bien agréable ! Je joue un peu avec la petite chienne du resto, une vraie p’tite morpionne, puis je continue mon chemin.

En route vers Pak Chong !

En route vers Pak Chong !

Les montagnes se rapprochent ... un peu

Les montagnes se rapprochent ... un peu

Peu à peu, les chiens refont leur apparition de manière plutôt aggressives … J’étais tellement peinard … Maintenant, je leur gueule dessus et je sors le baton, fini de fuir, je les affronte et il me lâche la grappe, surpris. En passant prés d’une maison, un, particulièrement costaud, commence à aboyer et me regarder méchamment. Je m’apprête à lui dire de me laisser en paix quand il bondit sur la route, au même moment qu’un pick up arrive à pleine vitesse. Le choc est inévitable, le chien a à peine eu le temps de tourner la tête qu’il est frappé de plein fouet par le pare buffle, passe sous les roues et roule sur une vingtaine de mètres, dans un silence de mort. Pauvre bête … Ca fait quelques chose d’assister à ce genre de scène, un mélange de culpabilité, de frayeur, de tristesse pour le chien et de joie morbide pour mes mollets. Je me pose dans un abri temple pour reprendre mes esprits et attaque une bonne série de montées sous un porche formé par la forêt.

On dirait que ça grimpe ici ?!

On dirait que ça grimpe ici ?!

Première épreuve du périple mais ça fait du bien ! Je préfère ça au vent de face ! Je grimpe à mon rythme, dégoulinant de sueur et je profite du paysage. Les rizières ont laissé place aux champs de maïs et d’autres plantes non identifiées, qui poussent sur un sol de plus en plus aride. Après quelques kilomètres d’efforts, c’est la descente ! Je sors du corridor formé par la forêt pour recevoir une bonne bouffée d’air frais venant de la plaine qui s’étend à perte de vue devant moi. Waouh ! Les kilomètres défilent au compteur, quelques coups de pédales plus loin, je suis déjà à Pak Chong !

En soirée, je vais faire un tour en ville et manger un bout. Tiens, une soupe au lait de coco et au poulet, ça à l’air bien bon ça, je vais tester ! Je m’imagine un savant mélange d’ingrédients doux et sucré qui va régaler mes papilles. Et là, je fais l’erreur de mélanger … Remonte à la surface une quantité incroyable de piments séchés, frais, rouge, vert, il y en a partout ! J’ai le feu dans la bouche, qu’est ce que c’est fort ! Mais je lutte pour finir quand même mon demi litre de soupe, qui finalement n’est pas si mauvais.

Jour 4

Me voilà parti sur une des principales routes du pays, reliant Bangkok à Khorat, seconde ville du pays en nombre d’habitants (à égalité avec Chiang Mai il me semble). Une route immense, jusqu’à 5×5 voies mais où il y a suffisamment de place pour un pauvre petit cyclo égaré. Je continue plein est et fait donc face au vent. J’ai l’impression d’avancer face à un ventilateur, la route défilant sous mes pieds. Mais aujourd’hui j’ai la patate ! Comme je m’attends à la pire étape du séjour en Thaïlande, je l’apprécie. Les vingt premiers kilomètres sont quelconques pour ensuite grimper dans les collines aperçues hier, le long d’un lac artificiel. Bien agréable ! En plus, il n’y a pas tant de circulation que ça, ou alors je ne la ressens pas.

Au bout de 60 kilomètres, je me décide à manger un bout. Pour une fois, je choisis un resaurant bondé, il parait que c’est bon signe. Aprés quelques secondes d’observation de la part des clients, ils continuent leur repars. De mon côté, j’avale un trés bon khao phat (riz frit), tout content, surtout que je sens dans mon dos les beignets à la banane entrain de frire !

Alors que je rêvasse tout en digérant, quatre thaï viennent s’asseoir à ma table pour manger. Ca tombe bien, il y a 5 places. On sympathise rapidement et je reste bavarder et rigoler avec eux pendant leur heure de repos, ils travaillent chez Seagate juste à côté. Ils me font gouter une variété de mangue verte, un peu âpre et les beignets à la banane, puis insiste pour m’inviter. Gêné, je les remercie chaleureusement, j’ai passé un super moment avec ces quatre jeunes : Bont, Book, Sam et Nu.

Je commence à peiner sur la fin du trajet, le vent gagne toujoursdans cet affrontement inégal. Mais les souvenirs de la rencontre de ce midi et quelques beignets à la banane viennent à mon secours. J’arrive sur les rotules à Khorat, je prends une bonne douche froide et je me pose sur le lit. Waouh, ça fait du bien !